Pour Verveinecitron, cette chanson d'Anne Sylvestre qui est avec "Sorcières" l'un des plus beaux manifestes de la difficulté parfois d'être fille, amante, mère... enfin d'être soi.
Si vous le savez comment je m'appelle, vous me le direz, vous me le direz. Si vous le savez comment je m'appelle, vous me le direz, je l'ai z'oublié, vous me le direz, je l'ai z'oublié
Quand j'étais petite et que j'étais belle, on m'enrubannait de ces noms jolis. On m'appelait "fleur", "sucre" ou bien "dentelle". J'étais le soleil et j'étais la pluie. Quand je fus plus grande, hélas à l'école, j'étais la couleur de mon tablier. On m'appelait "garce" on m'appelait "folle". J'étais quelques notes dans un cahier
Si vous le savez...
Quand j'ai pris quinze ans que s'ouvrit le monde, je crus qu'on allait enfin me nommer. Mais j'étais "la moche" et j'étais "la ronde", j'étais "la pleurniche" et "la mal lunée". Quand alors j'aimais, quand je fus "sourire", quand je fus "envol", quand je fus "lilas", j'appris que j'étais "ventre" même pire, que j'étais "personne", que j'étais pas
Si vous le savez...
Quand je fus "berceau" et puis "biberonne", j'oubliais tout ça quand je fus "rosier". Puis me réveillais un matin "torchonne", j'étais "marmitasse" et "pierre d'évier". J'étais "ravaudière" et j'étais "routine". On m'appelait "soupe", on m'appelait pas. J'étais "paillasson", "carreau de cuisine". Et j'étais l'entrave à mes propres pas
Si vous le savez...
Puis un jour un jour du fond ma tombe, j'entendis des voix qui se rappelaient. Plaisirs et douleurs, souvenirs en trombe. Et j'étais vivante et on m'appelait. Peu importe alors l'état de la cage, le temps qu'il faudra pour s'en évader, je saurai quoi mettre en haut dans la marge pour recommencer mon nouveau cahier
Je sais maintenant comment je m'appelle. Je vous le dirai, je vous le dirai. Je sais maintenant comment je m'appelle, et c'est pas demain que je l'oublierai, et c'est pas demain que je l'oublierai
... et pour celui aussi qui, probablement par pudeur, a mis tant (et de fait trop) d'années, à trouver un diminutif tendre à mon prénom