Ch. Béchir in lcdj.net

La bande son est aussi fabuleuse. Au début il y a un long moment où il ne se passe quasiment rien. Dans une lumière très faible un moine agenouillé prie, le poële de sa cellule ronfle, son prie-dieu craque un peu lorsqu'il se relève pour tourner la molette du poële ou s'asseoir dans la petite niche derrière lui. Plus tard, ces moines entrent petit à petit dans l'église plongée dans l'obscurité et où ne brille que la flamme rouge du tabernacle. Ils allument la lampe fixée à leur lutrin afin de consulter le chant du jour, puis l'éteignent avant de s'asseoir ou s'allonger sur le sol. A un moment ils se relèvent tous ensemble et commencent à chanter dans le noir quasi absolu, leurs voix se répondant de chaque côté du choeur. Et puis il y a ce jeune moine qui, au bout de quelques mois, est autorisé à lire le texte du jour en psalmodiant de cette manière si typique, presque chantée. Entre-temps, il y aura le bruit du vent dans les arbres, celui de la neige qui étouffe les sons, celui de la pluie, les brocs que l'on rempli d'eau, les sandales qui frôlent la pierre claire des couloirs, la cloche qui rythme les activités...
Bernard Hermann et Alfred Hitchcock
Dans « Psychose » que serait la mythique scène de la douche sans la partition où les coups d'archet des violons sont aux aussi autant de coups de couteau plantés dans le corps de Janet Leigh...
Jo Hishaishi et Hayao Miyazaki
Bien difficile de choisir parmi toutes les mélodies qu'il a écrites... Peut-être ce passage de « Nausicaa » intitulé «l'homme oiseau» parce qu'il me donne irrésistiblement envie ... de m'envoler moi aussi comme l'héroïne qui vient du pays du vent.
Ennio Morricone et Sergio Leone
Parmi sa nombreuse filmographie (de 500 films avec de nombreux réalisateurs de plusieurs nationalités) le thème de « l'homme à l'harmonica » tiré de « il était une fois dans l'ouest » s'impose.
Zbigniew Preisner et Krysztof Kieslowski
De tous les compositeurs ici cités, il est moins le connu, sans doute parce que son nom est resté longtemps associé à ce réalisateur depuis de nombreuses années décédé, laissant derrière lui un « décalogue » et une trilogie dont fait partie le sublime «Bleu».
Nino Rota et Federico Fellini
La collaboration entre ces deux hommes fût, elle aussi, fructueuse. De celle-ci je retiens principalement « la Strada », sans doute parce que ce film y est illuminé par le visage si doux mais aussi si triste de Gesolmina (joué Giulietta Masina, par la propre femme de Fellini) dont Zampano/Anthony Quinn ne comprendra que trop tard combien elle et il l'aimait...
Au départ, c'était à cause de son jeu cinématographique particulièrement inexpressif qui me mettait d'autant plus mal à l'aide que je savais que après le calme apparent de certaines scènes viendrait une explosion de violence qui n'en serait que plus déroutante. Et cela dès son 1er film réalisé au pied levé: "Violent cop".
J'ignorais alors que cette absence d'expressivité dans le jeu était due en partie aux conséquences d'un accident de moto (dont il reconnaît maintenant qu'il était une sorte de suicide manqué) qui lui a laissé la moitié du visage paralysée.
De même j'ignorais que, à côté du Kitano réalisateur adulé en Occident, existait un acteur de sketches comiques très apprécié au Japon (un peu comme si Coluche, s'il avait survécu à son accident de moto, avait fait cohabiter en permanence l'homme au nez rouge et le pompiste de "Tchao Pantin"), mais aussi un peintre (certaines de ses oeuvres figurent notamment dans "Hana Bi") et enfin un musicien, ainsi que vient de le l'apprendre un site qui lui est consacré http://www.takeshikitano.net/
De tous ces films, un surtout retient mon attention: "Hana Bi".
Avec ce film, il oblige à voir au delà de la violence d'un homme qui semble complètement absent, même si à un moment on peut le voir sourire, chose rare chez cet acteur.
Cet autre individu, c'est un homme qui, par compassion avec la femme d'un ancien collègue qui s'est suicidé, ou avec un autre collègue devenu handicapé qu'il va aider à se consacrer pleinement à la peinture
...
...et enfin par amour pour sa femme qui est atteinte d'une maladie incurable, va inciter le flic qu'il est à se compromettre avec les Yakusas.
Il réussira un coup audacieux: braquer une banque habillé en policier mais avec une ancienne voiture achetée dans une casse et maquillée en voiture de flics.
Il échappera ensuite vaille que vaille à tous ceux qui le traquent, anciens collègues et yakusas, durant un long voyage qu'il offre à sa femme pour mieux choisir sa fin, leur fin, sur une plage déserte où un enfant joue avec un cerf-volant.
Je n'avais pas vraiment accès au net à l'époque où j'ai connu ce film via, non pas une salle de cinéma ni même la télévision mais via la B.O.F. du film.
Je ne connais pas de moment plus poignant que cette musique si mélancolique qui s'arrête brutalement avec deux coups de feu. Jo Hishashi qui était alors son compositeur attitré (elle a cessé avec "Dolls") a écrit là une partition parfaite. Tout comme le sera la musique du thème principal de "l'été de Kikujiro", un subtil mélange de gaité et de tristesse, à l'image de l'un des deux héros du film: un Yakusa de seconde zone vieillissant qui découvre sur le tard une certaine forme de paternité.
Il existe ainsi des associations merveilleuses entre réalisateurs et musiciens.
Ce goût non pas pour la cerise (film iranien) ni même celui du saké (film japonais... déjà) mais pour le cinéma de l'extrême orient et plus particulièrement japonais remonte probablement à une page de devoir de vacances réalisé, il y a plus de quarante ans. Le devoir en question tournait autour de la critique d'un film dont je reparlerai une autre fois: "l'île nue".
Quelques années plus tard, le "ciné-club" sur Antenne 2 le vendredi soir et le "cinéma de minuit" sur FR3 le dimanche soir m'ont permis d'un peu mieux connaître le cinéma japonais, celui des années cinquante notamment...S'il fallait ne retenir que trois films de cette période ce serait les suivants: un film de 1952: "le journal de O'Haru, femme galante" , un autre de 1953: "Voyage à Tokyo" et le dernier de 1954: "les 7 samouraïs".
Le film de Mizoguichi, en grande partie sous forme de flash-back, décrit la triste de vie d'une femme de bonne famille devenue prostituée. A travers son histoire, c'est le sort de la femme au Japon qui est décrit: une femme qui, sauf à de rares périodes pour O'Haru, n'existe que par rapport aux hommes, que ce soit son père, celui dont elle sera la seconde épouse ou son propre fils. Fille, épouse ou mère, mais toujours victime. L'une des images fortes qu'il me reste de ce film, c'est lorsque son fils devenu adulte et le chef d'une famille princière qui sans elle ce serait éteinte, après l'avoir fait rechercher lui signifie qu'il entend la cloîtrer à jamais dans sa maison, avec seulement la possibilité de le voir, de très loin... Alors elle fuira et deviendra une anonyme mendiante qui ira quêter l'aumône de maison en maison.Avec Ozu, c'est aussi la place de la femme qui est analysé, mais aussi le monde de la famille qui est longuement exploré.
Un monde en apparence statique puisque filmé, sauf en ce qui concerne les tous derniers plans qui comprennent un travelling, sans aucun mouvement de caméra, cette dernière restant placée à hauteur de tatami.
Mais ce monde bouge et le couple âgé qui se décide à aller voir ses enfants installés à Tokyo en fera la cruelle expérience. Pour eux ce voyage physique se doublera d'un exil intérieur car il se sentira rejeté et ne trouvera un peu d'attention qu'auprès de leur belle-fille. Mais celle-ci, devenue veuve sans enfant, n'a plus vraiment sa place dans cette famille. Les fresques brossées par Kurosawa ne sont pas quant à elles autant centrées sur la famille mais concernent la société toute entière. Une société japonaise dure où il ne fait pas bon être pauvre ou isolé, même pour les samouraïs.
De cette histoire, dont la trame a été quasiment reprise dans son intégralité par le réalisateur du film "les 7 mercenaires" avec Yul Brunner, Charles Bronson et quelques autres pointures du cinéma américain, je ne retiendrai qu'une scène.
L'un des 7 samouraïs cache, assez mal, qu'il est issu du peuple et qu'il veut fuir sa condition de paysan pauvre, l'un de ces paysans un peu couards qui n'hésitaient pas à tuer des samouraïs isolés mais désormais demandent leur aide. Il meurt lors du dernier combat, tant les paysans que ses compagnons samouraïs lui rendront les honneurs pour ce qu'il était dans l'âme, un véritable samouraï.
Ces thèmes, importance de l'origine, de la famille, du clan, du poids des traditions... on les retrouve de façon plus ou moins explicite chez les cinéastes japonais contemporains, mais aussi chez d'autres cinéastes d'extrême orient qu'ils soient d'origine chinoise ou coréenne qui prendront le relais...
Après, car il faut bien repartir, il suffit de suivre le chemin et admirer une dernière fois quelques unes des spécificités du parc: l'allée aux lions, la corne d'or et le pont rouge...
Pour ceux et celles qui voudraient en savoir plus sur ce parc: http://www.parc-oriental.com/
... sauf peut-être un recoin précis situé, lui, dans un parc du pays choletais.
Sans le moins du monde souhaiter une quelconque immortalité (les ouvrages de SF qui abordaient ce sujet arrivaient tous à une même conclusion: le poids de l'éternité... Non je ne citerai pas cette phrase attribuée à Woody Allen) il n'en demeure pas loin que les journées semblent bien souvent trop courtes si l'on réfléchit à tous les livres à lire, les films à voir, les voyages à faire... et rencontrer ceux que l'on aime.
De cela j'ai pris conscience il y a bien longtemps , lorsque la chanson qui suit était diffusée sur les ondes... c'était en 1967 et je n'avais pas encore dix ans...
Je n'aurai pas le temps
Je n'aurai pas le temps,
pas le temps...
Même en courant,
plus vite que le vent,
plus vite que le temps,
De visiter
toute l'immensité
d'un si grand univers,
même en cent ans,
je n'aurai pas le temps,
de tout faire
J'ouvre tout grand mon cœur,
j'aime de tous mes yeux
c'est trop peu,
pour tant de cœurs
et tant de fleurs.
Des milliers de jours
c'est bien trop court,
c'est bien trop court
Et pour aimer
comme l'on doit aimer
quand on aime vraiment,
même en cent ans
je n'aurai pas le temps,
pas le temps
Je n'aurai pas le temps,
pas le temps...
Même en volant
Je n'aurai pas le temps,
pas le temps.

- et enfin, à l'un des films du dit tonton: « les aristochats »... même si ce n'est pas mon préféré malgré la présence des chats et la B.O.F. très jazzy.
* Il y a aussi Anne Franck, dont j'ai déjà parlé le 23 juillet.