vendredi 5 septembre 2008

...à la rencontre de Leonor Fini

Pour Arlette
qui m'a donné envie de mieux connaître cette Dame qui aimait les chats
Pour moi Leonor Fini, c'était ce tableau... dont je ne connais même pas le nom, et le vague souvenir de jeunes femmes au physique un peu particulier aperçues dans ce que, plagiant un article lu sur le net, je qualifierai de "petites fantaisies libertines"
Et puis je me suis aperçue qu'effectivement les chats avaient beaucoup compté dans sa vie, avec : Trilby, Min, Moun, Éloïse, Moufti, Maho, Maoua, Ouapka, Vibrissa, Kirou, Baphomet, Musidor, Obéron, Belphégor, Negrina, Pipette, Fanfarlo, Minski, Maisie, Zingarella, Mourmour, Muzonka, Cincinnato, Mausi, Siam, Mélusine, Tchata...
Et n'avait-elle pas écrit à leur sujet: "Le chat est à nos côtés le souvenir chaud, poilu, moustachu et ronronnant d'un Paradis Perdu."
Mais cette Dame c'était plus que cela.
Le résumé le plus bref, inspiré de Wikipédia dirait: "Leonor Fini, née à Buenos Aires en Argentine le 30 août 1908, et morte à Paris le 18 janvier 1996, est une peintre surréaliste, décoratrice de théâtre et écrivaine, italienne".
En étant plus précis on pourrait ajouter: Née d'une mère italienne et d'un père argentin que sa mère a rapidement fuit. Son enfance et son adolescence se passent en Italie, auprès de sa mère et de sa famille maternelle, dans un milieu bourgeois, très cultivé, où elle acquiert une culture cosmopolite.

Mais très vite elle s'émancipe et arrivée à Paris, si elle fréquente les surréalistes, elle n'en intègre pas complètement le groupe, préférant en solitaire explorer son univers onirique.

Elle dira à la fin de sa vie: « Toute ma peinture est une auto

biographie incantatoire d’affirmation? »

Alors on regarde tout autrement les toiles, dont beaucoup sont restées inachevées car c'était une perfectionniste.
Certains thèmes reviennent souvent, comme ces personnages ailés.
Ses tableaux deviendront plus sombres avec le temps.
Avec ce pied de nez final... quoique je ne sache pas à quelle date cette oeuvre appelée "l'amitié", où la mort étreint une jeune femme, a été peinte.

mercredi 3 septembre 2008

en suivant les chats...

Au départ, il y avait les deux chats qui illustraient la chanson de Nina Simone et qui m'ont fait rappeler qu'au delà de la légende du chat solitaire qui s'en va tout seul ...

de Rudyard Kipling, beaucoup de chats ont vu leur nom, leur histoire ou leur silhouette associés à jamais avec un artiste, que ce soit Baudelaire, Apollinaire, Colette ou ...Steinlen.

De ce dessinateur, je gardais le souvenir d'un beau livre que l'on m'avait offert. Il contenait notamment cette page où l'art de l'auteur pour croquer les postures du félin éclatait pleinement.

Mais il y avait aussi d'autres images désormais rentrées dans la mémoire collective, parfois sous la forme d'une affiche publicitaire que l'on retrouve aujourd'hui régulièrement sous la forme d"une tôle émaillée telles que l'étaient les "réclames" d'autrefois. Et, si la nuit dit-on, tous les chats sont gris, ceux de Steinlen, qui sont bien sur en couleur, sauf le fameux chat noir, ont failli me faire oublier celui qui les avait si bien dessinés.

Une exposition (que je n'ai pas vue) lui a autrefois rendu hommage et à cette occasion une page du net assez détaillée avait été consacrée à cet auteur : http://lesgam.free.fr/html/steinlen.htm

Il était plus que temps que j'en fasse tout autant à mon tour.

mardi 2 septembre 2008

Ombre et lumière (7) avec une grande Dame et un chat

C'est la nuit et un chat blanc s'apprête à aller rejoindre son amoureuse, une longue chatte noire qui chante dans un club de jazz. Normal la nuit... L'histoire ne dit pas si elle a déjà enregistré sous le label Blue note http://fr.wikipedia.org/wiki/Blue_Note Il rencontrera quelques difficutés. Normal, car c'est une petit dessin animé plein d'humour qui avec son style aurait pu être réalisé par les studios qui ont vu naître Wallace et Gromit, mais Tex Avery n'est jamais très loin... sauf que là l'amour gagne vraiment sans réserver de surprise

http://www.youtube.com/watch?v=eYSbUOoq4Vg

Voici ce que dit la chanson

My baby don't care for shows My baby don't care for clothes My baby just cares for me My baby don't care for cars and races My baby don't care for high-tone place

Liz Taylor is not his style And even Lana Turner's smile Is somethin' he can't see My baby don't care who knows My baby just cares for me

Baby, my baby don't care for shows And he don't even care for clothes He cares for me My baby don't care for cars and races My baby don't care for He don't care for high-tone places

Liz Taylor is not his style And even Liberace's smile Is something he can't see Is something he can't see I wonder what's wrong with baby

My baby just cares for My baby just cares for My baby just cares for me

Même si on n'aime pas le jazz et que la Dame n'avait pas la réputation d'être une femme facile, comme souvent les personnes qui ont du se battre dans la vie http://www.blogger.com/post-create.g?blogID=53608935180970337 , comment ne pas l'aimer et souhaiter qu'elle s'occupe de vous et vice versa... my Baby...

dimanche 31 août 2008

Ombre et lumière (6) à Nantes by day & night

à Marwan H.
qui aura du mal à innover
pour trouver un angle de vue original

Lorsque de jour on marche quai des Antilles, à la pointe de l'île Ste Anne, c'est cela que l'on voit de Nantes, avec notamment le Maillé-Brézé,
http://www.maillebreze.com/pages/historique.html
Nantes by Frédéric Buxin
mais aussi le dôme de l'église St Louis aussi connu sous le nom de Notre-Dame du Bon-Port.http://symphonia.nantes.free.fr/Visite_NDBP/visite_de_notre_dame_de_bon_port_sommaire.htm
Mais pour beaucoup, c'est ce paysage là qu'ils connaissent lorsque ils fréquentent l'un des nombreux cafés qui ont été ouverts dans l'ancien hangar à bananes...
http://www.hangarabananes.com/

Nantes by Frédéric Buxin

Et pour certains, les "anneaux de la mémoire" de Daniel Burren http://www.lesanneauxdelamemoire.com/index2.htm

qui ont été installés ainsi qu'une rambarde ne sont pas de trop pour leur éviter de tomber dans la Loire...

samedi 30 août 2008

le cahier de Hana Makhmalbaf

La jeune afghane me conduit a quitter temporairement (quoique) les billets centrés sur l'ombre et la lumière pour parler d'un film franco-iranien, vu au cinéma en début d'année: "le cahier"
Pour son premier long métrage, Hana Makhmalbaf a planté le décor dans une petite ville construite dans la roche rouge, au pied du site qui abrita pendant des siècles les bouddhas géants de Bamiyan, détruits par les talibans. C'est par cette image du dynamitage que commencera et finira le film... qui prendra alors une toute autre signification.
Au début du film, une petite fille volontaire de 6 ans, plutôt que de garder son petit frère , décide de faire comme son jeune voisin: aller à l'école pour apprendre à lire. Mais elle doit avant se procurer un cahier et un stylo.
L'entreprise conduit la jeune demoiselle à se rendre au marché de la ville pour tenter de vendre, à la sauvette, quatre oeufs, dont la recette doit lui permettre d'acheter une partie de ce dont elle a besoin: le cahier. Car pour le stylo, elle a déjà son idée: il prendra la forme inattendue et pour le moins choquante dans ce pays islamiste: ce sera un tube de rouge à lèvres que cache sa mère au fond d'un sac.
Dans la seconde partie du film, la petite fille essaye de se rendre à l'école de filles car on lui fait vite comprendre qu'il est exclu qu'elle puisse intégrer une école de garçons...
Mais le chemin est long et difficile surtout lorsque les adultes ne cherchent guère à vous aider. Quant aux autres enfants... Elle sera confrontée à une bande de jeunes garçons, talibans en herbes, qui ne font que reproduire ce qu'ils voient au quotidien. Et ce quotidien est effrayant. Certes comme de nombreux petits garçons de part le monde ils y jouent à la guerre après avoir volé à la petite quelques feuilles de papier de son cahier pour fabriquer des avions en papier qu'ils mitraillent
avec des fusils/branches d'arbres. Mais, et là c'est moins fréquent, on fait tomber dans un piège l'enfant inconnu aussitôt accusé d'être un espion américain, on y enferme des fillettes dont on a recouvert la tête d'un sac en papier dans des grottes dont elles ont interdiction de sortir parce qu'elle ont le malheur d'être trop jolies ou d'avoir osé mettre un peu du rouge à lèvres caché de leur mère, et on pousse même le zèle juqu'à enterrer la petite avant de se retenir, in extrémis de la lapider...
Elle finira par s'échapper et se faufilera dans une classe dont l'institutrice fait machinalement son cours devant une classe surpeuplée de petites filles (dont le plus grand plaisir devient rapidement non plus d'apprendre à lire mais de se barbouiller les joues de rouge à lèvres...) avant de l'exclure.
En sortant, elle retombera sur sa bande de tortionnaires d'avant. Et devant un parreterre d'adultes indifférents car occupés aux travaux des champs, fera mine de tomber sur le sol, "tuée" par ses poursuivants, pour qu'ils finissent par la laisser en paix.
Mais c'est à beaucoup plus que cela qu'elle renonce en agissant ainsi. Et ce n'est pas pour rien que la réalisatrice clôt son film comme elle l'avait commencé: avec les statues des boudhas qui s'écroulent.

vendredi 29 août 2008

Ombre et lumière (5) avec des visages d'enfant

Aujourd'hui, dans un premier temps, une seule image: un visage d'enfant, celui d'une petite fille avec un lapin, photographiée par Jean Dieuzaide. Une photo en noir et blanc... et pourtant c'est la même lumière intérieure qui émane d'elle que celle des personnages des tableaux de Georges de la Tour.

la jeune afghane

Le regard de cette petite fille m'a fait penser à cet autre regard qui nous a tous fasciné du jour où il a fait la couverture de la revue National Geographic. Au départ, Steve McCurry réalise cette photo en 1984 dans un camp de réfugiés. L'adolescente qui ignore son âge exact a vu ses parents tués dans un bombardement. Après la parution cette image, cette adolescente est devenue une sorte d'icône évoquant tous les enfants victimes de la guerre.
En 2002, de retour en Afghanistan, le photographe l'a retrouvée miraculeusement! Le portrait de Sharbat Gula (car tel est son nom), devenue mère de famille nombreuse, fait à nouveau la couverture du National Geographic. Ce que disent rarement les commentaires c'est qu'elle porte la burka et a du demander l'autorisation de son mari pour être de nouveau photographiée... et qu'elle trouve tout cela normal...

jeudi 28 août 2008

Ombre et lumière (4) avec Jacques Brel

Dimanche dernier je me suis aperçue que la vie de Jacques Brel aurait presque pu s'inscrire, se résumer en deux chansons. L'une écrite en 1962 évoque plutôt le côté ombre. En effet, "Le plat pays" on n'en retient souvent que le côté sombre, triste... Au point qu'elle est même devenue l'objet d'un gag dans le film "Bienvenu chez les Ch'tis". C'est en effet cette chanson que l'on entend lorsque le héros, qui vient du Sud de la France, arrive dans la région Nord-Pas de Calais, juste avant qu'il ne commence à tomber des trombes d'eau ...

Avec la mer du Nord pour dernier terrain vague Et des vagues de dunes pour arrêter les vagues Et de vagues rochers que les marées dépassent Et qui ont à jamais le cœur à marée basse Avec infiniment de brumes à venir Avec le vent de l'est écoutez-le tenir Le plat pays qui est le mien

Avec des cathédrales pour uniques montagnes Et de noirs clochers comme mâts de cocagne Où des diables en pierre décrochent les nuages Avec le fil des jours pour unique voyage Et des chemins de pluie pour unique bonsoir Avec le vent d'ouest écoutez-le vouloir Le plat pays qui est le mien

Avec un ciel si bas qu'un canal s'est perdu Avec un ciel si bas qu'il fait l'humilité Avec un ciel si gris qu'un canal s'est pendu Avec un ciel si gris qu'il faut lui pardonner Avec le vent du nord qui vient s'écarteler Avec le vent du nord écoutez-le craquer Le plat pays qui est le mien

Avec de l'Italie qui descendrait l'Escaut Avec Frida la Blonde quand elle devient Margot Quand les fils de novembre nous reviennent en mai Quand la plaine est fumante et tremble sous juillet Quand le vent est au rire, quand le vent est au blé Quand le vent est au sud, écoutez-le chanter Le plat pays qui est le mien.

Et pourtant... Pourtant il y a la dernière partie de la chanson, bien éloignée des premiers vers, où son pays "chante"... Mais seuls les gens qui sont nés dans ces régions, certes où il y a moins de soleil que dans le sud, peuvent apprécier la beauté de ces ciels rarement d'un bleu uniforme où les nuages prennent des formes à vous faire rêver et de ces paysages. Et puis 15 ans plus tard, après avoir tourné le dos à une vie axée sur la chanson pour aller commencer une autre vie dans les mers du sud. A Hiva Oa, sur cet ilôt où un siècle auparavant était parti s'installer Gaugin, il écrivit cet hymne à la vie, cet éloge d'un certain détachement qu'il nous faudrait acquérir avant de conclure comme lui: "gémir n'est pas de mise, aux Marquises". Mais si Paul Gaugin avait quitté sa Bretagne pour s'y consacrer pleinement à la peinture (le monde de la métropole lui déplaisait-il tant?) le grand Jacques, qui avait appris à piloter des avions, aida les habitants en allant d'ile en ile avec Jojo, son avion. Et il nous laissa cette chanson, pour moi sans doute l'une des plus belles, voire la plus belle qu'il est écrite, même si elle est moins connue que la précédente ou "Amsterdam" ou "Ne me quitte pas"...

Ils parlent de la mort comme tu parles d'un fruit Ils regardent la mer comme tu regardes un puits Les femmes sont lascives au soleil redouté Et s'il n'y a pas d'hiver, cela n'est pas l'été La pluie est traversière, elle bat de grain en grain Quelques vieux chevaux blancs qui fredonnent Gauguin Et par manque de brise, le temps s'immobilise Aux Marquises

Du soir, montent des feux et des points de silence Qui vont s'élargissant, et la lune s'avance Et la mer se déchire, infiniment brisée Par des rochers qui prirent des prénoms affolés Et puis, plus loin, des chiens, des chants de repentance Et quelques pas de deux et quelques pas de danse Et la nuit est soumise et l'alizé se brise Aux Marquises

Le rire est dans le cœur, le mot dans le regard Le cœur est voyageur, l'avenir est au hasard Et passent des cocotiers qui écrivent des chants d'amour Que les sœurs d'alentour ignorent d'ignorer Les pirogues s'en vont, les pirogues s'en viennent Et mes souvenirs deviennent ce que les vieux en font Veux-tu que je te dise : gémir n'est pas de mise Aux Marquises

Oui, Jacques Brel avec ces deux textes nous offre un fabuleux raccourci de ce que fut sa vie, sous nos latitudes et beaucoup plus au sud.

mardi 26 août 2008

... pour qui doute...

La nuit n'est jamais complète,
Il y a toujours,
Puisque je le dis,
Puisque je l'affirme,
Au bout du chagrin,
Une fenêtre ouverte,
Une fenêtre éclairée,
Il y a toujours un rêve qui veille.
Désir à combler,
Faim à satisfaire,
Un coeur généreux,
Une main tendue,
Une main ouverte,
Des yeux attentifs,
Une vie,
La vie à se partager.
Paul Eluard (1895-1952)
(Recueil : Le Phénix, 1951)

lundi 25 août 2008

Ombre et lumière (3) avec les photographes

Nous vivons dans un monde de couleurs et pourtant il y a toujours des photographes qui usent du noir et blanc... Petite balade dans l'espace et le temps avec quelques-uns de ceux qui, comme Edouard Boubat dont j'ai déjà parlé, voient parfois, voire toujours, le monde en noir et blanc... Henri Cartier-Bresson: http://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_Cartier-Bresson Edward Curtis: http://fr.wikipedia.org/wiki/Edward_S._Curtis Jean Dieuzaide: http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Dieuzaide William Klein: http://fr.wikipedia.org/wiki/William_Klein Willy Ronis: http://fr.wikipedia.org/wiki/Willy_Ronis Eugène Smith: http://fr.wikipedia.org/wiki/William_Eugene_Smith
Le noir et le blanc: ces deux couleurs qui transcrivent si bien l'ombre et la lumière entre lesquelles oscillent nos vies.

dimanche 24 août 2008

Ombre et lumière (2) avec Georges de la Tour

N'ayant reçu aucune formation en matière d'arts, ce n'est que récemment que j'ai pris conscience que deux de mes peintres préférés appartenaient au même courant pictural: le baroque. Mais compte tenu de l'époque, non seulement ils ne se sont probablement jamais rencontrés, mais ne connaissaient sans doute pas leurs oeuvres respectives. Ils partagent en outre un autre point commun, celui d'avoir été relativement connus à leur époque avant de sombrer dans l'oubli (la fréquente absence de signature sur leurs oeuvres ayant probablement joué) et d'être redécouverts au XXème siècle.
Mais si Veermer s'est surtout rendu célèbre par ses scènes diurnes de la vie quotidienne hollandaise, dont beaucoup étaient reconstituées dans son atelier, Georges de La Tour s'est quant à lui illustré dans la représentation de scènes plus souvent religieuses, notamment nocturnes, où le clair-obscur est plus qu'une technique picturale.
Le thème de "Marie-Madeleine" l'a particulièrement inspiré.
Des six qu'il a peintes, je retiendrai celle que, dans un petit livre "l'ABCdaire" de Georges de La Tour, les auteurs appellent "Marie-Madeleine Whrighsman". Pourquoi? Parce que contrairement aux autres tableaux le peintre y fait figurer à la fois la vie ancienne de Marie-Madeleine, via le miroir richement décoré, les bijoux tombés à terre, la jupe rouge brodée... mais sa vie future avec la flamme de la bougie qui éclaire un visage dont on ne peut voir que le profil perdu et les longs cheveux qui tombent sur les épaules.
Deux autres tableaux me plaisent particulièrement:
l'un: "le nouveau-né" parce qu'il figure dans les collections du musée de la ville où je suis née,
l'autre: "l'Ange appa rais sant à saint Joseph" parce qu'il appartient à celles de la ville où je réside.
Ils permettent en outre, avec la Marie-Madeleine précédemment mentionnée d'illustrer l'unes des phrases qui figure dans le livre:
"Les théologiens et les mystiques opposent deux types de lumière, lux et lumen, qui se jouent aussi dans la représentation picturale. La première éclaire les corps de l'extérieur, sa source étant la lumière artificielle, celle des flammes, bougies, veilleuses, (...) La seconde est une lumière spirituelle, ou divine, et éclaire de l'intérieur comme si le corps lui-même la produisait(...)"
Et même agnostique, on se surprend alors à regarder les tableaux tout autrement... Tout comme on peut le faire avec d'autres images, beaucoup plus récentes celle-là.

... et pour ceux qui comme Alix et Maria aiment Georges de La Tour...

... deux autres tableaux de ce peintre qu'elles ont mentionnées dans leurs commentaires (de l'avantage des dimanches pluvieux qui permettent de surfer sur le net et compléter les messages mis en ligne... quitte à tricher un peu avec les heures...)
"Job et sa femme" connue aussi sous le titre "le prisonnier" qui figure dans les collections du musée d'Epinal.
C'est que tableau que René Char avait affiché dans son P.C. de résistant et a écrit à son sujet "...[Elle] semble, avec le temps, réfléchir son sens dans notre condition. Elle serre le coeur mais combien désaltère... Reconnaissance à Georges de la Tour qui maîtrisa les ténèbres hitlériennes avec un dialogues d'êtres humains."
Et "St Joseph Charpentier" qui ainsi que le mentionne Maria-D appartient aux colections du Musée du Louvre.
... en espérant que les couleurs de ces oeuvres dont le rouge brille d'une manière qui m'a toujours éblouie, n'auront pas été trop altérées au moment où elles sont été photographiés puis leur photo mise en ligne.
Problème que j'avais déjà relevé en comparant les différentes reproductions d'une même oeuvre dans différents ouvrages et que l'on retrouve en fonction de la configuration des écran de PC... Mais qui existe dès le départ. Qui n'a jamais pesté comme la lumière qui, dans les musées, tombe sur les cimaises?..

samedi 23 août 2008

Ombre et lumière (1)

Depuis quelques messages, je tourne autour du sujet sans jamais vraiment l'aborder, celui de l'ombre et la lumière.
Il était présent avec les héroïnes de François Bourgeon dont la personnalité est plus complexe qu'il ne le paraît au prime abord.
Ainsi Isa, si elle se rebelle contre le milieu dont elle est issue, n'ira pas au bout de sa logique. Et à cause de cela elle perdra Hoël, son beau marin aux yeux bleus trop lucide. Lucide Hoël qui un jour lui dira un jour ce qu'il pense d'elle: qu'elle est heureuse de le trouver mais qu'ils ne sont pas du même monde, et surtout qu'elle n'est pas prête à unir sa destinée à la sien. Ensemble/séparés, ensemble/séparés. Que de fois ne le seront-ils au fil d leurs aventures avant que Hoël ne quitte l'île et devienne pirate et Isa qui a tout perdu, renonçant à entrer plus avant dans la mer, ne revienne sur le rivage
Il était présent avec Ari Foldman qui dans "valse avec Bachir" avant de chercher à retrouver la mémoire passe de nuit en voiture devant des réverbères: ombre/lumière, ombre lumière... bourreau/victime, bourreau/victime... ... bourreau parce qu'il est d'autres manières de l'être qu'en tenant un arme, par exemple en refusant de voir...
... et victime parce que devoir refouler au fond de soi des souvenirs pénibles n'est jamais une chose que l'on souhaite à autrui.
Et même Johnny qui parti comme tant d'autres la fleur au fusil, ce qui nous donne droit à ces images en couleur de sa vie d'avant.
Johnny dont la vie d'après n'est plus illustrée que par des images en noir et blanc, parce que le réalisteur pouvait difficilement aller plus loin et ne plus nous donner qu'un écran noir avec juste une bande son.
Ce qu'osera faire pendant quelques instants le réalisateur coréen Im Sang-soo du film "le vieux jardin" en plongeant la salle dans l'oscurité complète pendant quelques très longues secondes où l'on retient ses propres larmes tandis que l'on entend le héros, mis au secret, qui craque et pleure comme on pleure lorsqu'on croit avoir tout perdu et être abandonné de tous.
Mais ne sommes-nous pas fait nous même d'ombre et de lumière et c'est sans doute pour cela que ce peintre lorrain nous touche tant, plus de 350 ans après sa mort.

jeudi 21 août 2008

Le dormeur du val

Je ne sais pourquoi il y aura toujours des hommes qui penseront ce genre de chose:
"Bien que sans patrie et sans roi
Et très brave ne l'étant guère
J'ai voulu mourir à la guerre
La mort n'a pas voulu de moi..."
Paul Verlaine in "Sagesse"
Et revenir dans l'état du "Johnny..." de Dalton Trumbo " Vous aurez peut-être la chance de mourir pour votre pays. Mais il se peut que vous ne mourriez pas il se peut que vous reveniez dans cet état. Tout le monde ne meurt pas mes petits enfants. " Et si le corps est intact, d'autres choses sont mortes et ils souffiront pour certains à jamais de troubles post-traumatiques beaucoup plus graves que l'amnésie décrite par Ari Foldman. Alors, puisque tuer ou être tué semble faire partie de la nature humaine, la fin imaginée par Arthur Rimbaud en devient presque préférable.
C'est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.
Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.
Les pieds dans les glaïeuls, il dort.Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.
Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,Tranquille.
Il a deux trous rouges au côté droit.

mercredi 20 août 2008

"Johnny got his gun"

Il y a environ 35 ans de cela un après-midi là j'ai quitté rapidement la salle de cinéma de mon quartier où passait « Johnny got his gun », un film réalisé en 19.. par Dalton Trumbo.
Dehors il faisait beau, un beau soleil d'été brillait dans un ciel uniformément bleu, rendant encore plus atroce le contraste avec les images en noir et blanc sur lesquelles se concluait le film avec les restes d'un soldat, un tronc en réalité dont les membres avaient été arrachés par une explosion durant la guerre de 14/18. Les membres et une bonne partie du visage ce qui faisait que pendant longtemps, l'ancien soldat ne pouvait communiquer avec son entourage. Du moins jusqu'au moment où il se rappelait avoir appris le morse et commençait à « parler ».
Mais le film se terminait sur une demande inacceptable pour l'état-major auprès duquel il la formulait. Une demande qui trouvait sa source dans les idées pacifistes de Dalton Trumbo , idées qu'ils avaient posées sur le papier dès 1938.
Il va de soit que peu dans l'air du temps, elles furent alors peu appréciées. Et cela même lorsque Dalton Trumbo songeat à retravailler son ouvrage en 1959 (aprèsla guerre de Corée) ou en 1970 (durant la guerre du Viet-Nam).
Que demandait ce soldat. Peu de chose mais tellement en réalité. Il voulait retrouver des yeux pour voir, des oreilles pour entendre, une bouche pour parler, rire, embrasser Il voulait sortir, ne plus être enfermé comme un mort-vivant.
Et surtout, surtout, il voulait témoigner.
« Emmenez-moi dans les lieux où les hommes travaillent et produisent. Emmenez-moi là bas et dites-leur (...) les temps sont peut-être durs et vos salaires sont bas. Ne vous faites pas de soucis les gars car il y a toujours un moyen de remédier à cela. Faites une guerre et alors les prix monteront et les salaires monteront et tout le monde gagnera des floppées d'argent. (...) Emmenez-moi dans les écoles toutes les écoles du monde. Laissez venir à moi les petits enfants c'est bien cela. Il se peut qu'ils poussent des hurlements au début et qu'ils aient des cauchemars mais il s'y habitueront car il faut qu'ils s'y habituent (...) viens ma petite fille viens mon petit garçon venez jeter un coup d'oeil sur papa. Venez jeter un coup d'oel sur ce que vous serez un jour (...) Vous aurez peut-être la chance de mourir pour votre pays. Mais il se peut que vous ne mourriez pas il se peut que vous reveniez dans cet état. Tout le monde ne meurt pas mes petits enfants. (...) Emmenez moi dans les lieux où se tiennent les parlements et les diètes et les sénats et les chambres de députés. Je veux être présent quand ils parleront d'honneur et de justice et de sauvetage de la démocratie dans le monde (...) et de l'autodétermination des peuples (...) Mais avant qu'ils passent au vote avant qu'ils donnent à tous les petits gars l'ordre de commencer à s'entretuerque le grand manitou frappe sur la cage et me désigne à l'assistance et dise messieurs il y a une seule question qui ait de l'importance pour cette assemblée c'est de savoir si vous êtes pour cette chose-là ou si vous êtes contre (...) »
A cette demande, Johnny n'obtenait que la réponse suivante: « Ce que vous demandez est contre le règlement. Qui êtes vous »
Il comprenait alors ceci « (...) ils voulaient simplement l'oublier. Il pesait sur leur conscience aussi l'abandonnaient-ils le délaissaient-ils (...) »
Et Johnny avant de s'endormir drogué afin qu'il ne frappe plus, avant que ce qu'il appelait le cercueil ne soit refermé sur son corps de mort-vivant, n'avait pour sule satisfaction qu'un jour grâce à des hommes tels que lui, les autres pourraient refuser de partir à la guerre et se révolter.