dimanche 12 février 2012

Un violon dans le métro

Ce qui suit est inspiré d'un article publié par un internaute sur Facebook.

Un matin de janvier 2007, dans une station de métro de Washington, un homme a joué du violon : six morceaux de Bach pendant environ 45 minutes.
Probablement parce que c'était l'heure de pointe, durant ces 45 minutes, seulement 6 personnes se sont arrêtées et sont restées à l’écouter pendant un certain temps. Ce sont les enfants qui ont été le plus attentifs, mais en général les parents les tiraient par la main pour les forcer à avancer. Une vingtaine de personnes lui ont donné l'argent (32 $) mais sans s'arrêter pour le faire. Et quand il a cessé de jouer, personne n'a applaudi.

Mis à part une personne qui l'a reconnu, personne ne savait que ce violoniste, habillé de bric et de broc, jouait sur un violon estimé à 3,5 millions de dollars. C'était Joshua Bell.
Deux jours avant, il avait joué à guichets fermés dans un théâtre de Boston où le prix d'une place pouvait aller jusqu'à 100 $.

Alors...
Alors cet événement avait été organisé par le Washington Post dans le cadre d'une expérience sur la perception, les goûts et les priorités des gens. La question posée était la suivante: dans un environnement commun, à une heure inappropriée, sommes-nous en mesure de percevoir la beauté? Nous arrêtons-nous pour l'apprécier? Savons-nous reconnaître le talent dans un contexte inattendu?

Ce jour-là, de toute évidence, la réponse était: non! Mais est-ce une fatalité? A nous d'apprendre ou de re-apprendre à saisir la beauté où qu'elle se trouve

samedi 11 février 2012

Humour animalier...

... avec deux petites images trouvées sur Facebook. Mais elles ont semble-t-il déjà pas mal tourné sur le net. Qu'importe!

J'ai juste légèrement modifié le texte des dialogues qui présentent un point commun: à chaque fois, c'est finalement le "petit" qui semble "faire la loi".

vendredi 10 février 2012

"Intouchables" de Nakache & Toledano

De loin en loin, des films bénéficient d'un excellent bouche à bouche qui fait qu'au final, à force d'en entendre parler, on n'a plus que deux solutions:
- refuser mordicus d'aller les voir. Je connais ainsi des personnes qui ne voulaient pas regarder "le cercle des poètes disparus" ou "le fabuleux destin d'Amélie Poulain"
- y aller afin de pouvoir se rendre compte par soi-même.
Je fais partie de cette seconde école, ce qui m'a conduit à voir en son temps: "Bienvenue chez les Ch'tis" (que je n'aurais pas regardé en temps normal) et, il y a quelques jours, "Intouchables"

Que dire de ce dernier?
Que j'ai bien ri avec certains gags, comme par exemple la séquence du rasage de barbe dont émerge soudain un moment sérieux, celui où l'un des héros constate, stupéfait: "Comme ça je ressemble à mon grand-père!", avant que le rire ne reprenne le dessus.
Mais aussi qu'à d'autres moments j'ai été agacée par la débauche de clichés, de bons sentiments à la limite de la mièvrerie.

Et puis j'ai lu ce qu'en disait l'un des véritables protagonistes, Philippe Pozzo di Borgo, le tétraplégique: « Les deux réalisateurs ont un humour terrible. Dans notre état, on aime les gens qui rigolent, pas le misérabilisme. (...) Bien sûr, notre histoire est traitée à la sauce cinéma. Driss est un peu moins rugueux qu’Abdel, plus souriant. Et puis Abdel ne dansait pas, il tapait! C’était un chef de bande, beaucoup plus dur que dans le film. (...) Même le titre du film, Intouchables, est le bon. Et vous savez pourquoi? À cause de la lettre S. Vous avez deux intouchables, paria chacun dans son genre, qui, pris séparément, sont infréquentables et, une fois ensemble, sont indestructibles »
Et là, il n'y a plus rien à ajouter.

jeudi 9 février 2012

Ces maladies oubliées dont on parle de nouveau

Depuis plusieurs années j'avais entendu parler du retour de la tuberculose. Je lui avais même consacré un billet, en octobre dernier:
http://un-chat-passant-parmi-les-livres.blogspot.com/2011/10/le-retour-de-maladies-oubliees.html
où cette maladie se partageait la vedette avec la gale. Il faudrait désormais y ajouter le paludisme.

Quoique pour cette maladie, il n'y a pas en réalité de véritable "retour", juste une meilleure quantification des cas. En effet, en matière de comptabilisation des décès, jusqu'alors seules étaient prises en compte les causes constatées par un médecin. Ce qui n'était pas évident dans les pays où l'infrastructure médicale est telle que la plupart des personnes décèdent et sont enterrées sans qu'aucun médecin ne les aient vues.

Un nouveau mode de comptabilisation prenant en compte les éléments déclarés par la famille et les proches a ainsi permis à une équipe de scientifiques* de déclarer que, chaque année, le paludisme tuait plus de 1,2 million de personnes dans le monde**. Parmi les victimes, 56% étaient des enfants africains âgés de moins de 5 ans.
Un point positif a été relevé par l'équipe de scientifiques: la diminution de la mortalité grâce aux efforts entrepris ces dix dernières années (moustiquaires imprégnées d'insecticide, meilleurs traitements etc...) qui ajoute que cela ne doit pas pour autant conduire à relâcher les efforts.

* Voir l'article paru dans la revue "the Lancet"
http://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736%2812%2960034-8/fulltext

** avec un pic de 1,8 millions de décès en 2004
Dans les pays à faibles revenus, c'est la 5ème cause de décès après les infections respiratoires, les diarrhées le VIH et les les cardiopathies,

mercredi 8 février 2012

"Shame" de Steeve Mc Queen

Brandon, le Yuppie de "Shame" ne fait pas partie de la catégorie des "pauvres" mentionnés hier. Il gagne au contraire a priori bien sa vie puisqu'il est propriétaire de son logement à New-York, quelque part du côté de la 26 ou 28ème rue (si l'on se fie au nom de la station de métro qu'il emprunte) et d'où il a une superbe vue.
Sauf que si son compte en banque est bien garni (ce qui lui permet notamment de s'adonner à ce qu'il convient d'appeler par son nom: une addiction au sexe) sa vie personnelle est d'une pauvreté émotionnelle qui fait peur.

Si le film est interdit aux moins de 12 ans (à cause de la thématique mentionnée ci-dessus) les voyeurs en seront pour leurs frais. Sauf à de rares occasions, les scènes de sexe sont suggérées et quand elles sont montrées, elles sont filmées dans des tons bleus, gris, blancs... des tons d'hiver, à l'image du peu de sentiments qu'éprouve le "héros".

Poussé par la "honte" (la découverte par son supérieur de moult vidéos pornos sur son PC de travail, par sa soeur de sa connexion en continu sur des sites similaires) il essaiera bien de changer, mais s'avèrera vite qu'il est incapable de discuter normalement au restaurant -pourtant la femme lui plait!-. Et quand il l'emmènera chez lui, ce sera un fiasco.

Non il n'est pas complètement insensible, mais principalement tourné vers la satisfaction du plaisir sexuel. Parfois il craque:
- quand sa soeur, venue squatter chez lui, interprète dans un cabaret où elle se produit, avec un tempo extrêmement lent, "New York, New York"
- puis lorsqu'après lui avoir ordonné de quitter son appartement, il erre longuement de lieu de plaisir en lieu de plaisir et ne semble atteindre celui-ci que de manière difficile et douloureuse
- enfin lorsque de retour chez lui il retrouve sa soeur qui n'a pas quitté son appartement mais fait une tentative de suicide. A l'hôpital, en découvrant les multiples cicatrices sur ses bras, il comprend alors à quel point elle aussi elle souffre. Mais il part ,pour mieux s'écrouler en pleurs sur un parvis désert inondé de pluie.

Changera t il pour autant?
L'un des points forts du film, c'est justement de ne pas donner véritablement de réponse. à la fin du film. Libre à chacun de nous, en fonction des champs/contre-champ des dernières scènes , qui renvoient à celles du début du film où déjà il s'excitait à la vue d'une femme dans le métro, d'imaginer ce qu'il fera.

mardi 7 février 2012

Des chiffres qui fâchent

C'était dans le dernier numéro de janvier de la revue "Marianne", un long article pour expliciter l'un des titres mentionnés sur la couverture.

Beaucoup de témoignages des concernés, jeunes ou moins jeunes, actifs ou retraités... Beaucoup de femmes, seules avec des enfants.
Et puis les témoignages de ceux qui essaient de leur rendre la vie un peu moins difficile: principalement des associations ou des oeuvres caritatives: "secours populaire", "médecins du monde"... qui depuis quelques années tirent régulièrement la sonnette d'alarme car ils voient arriver de nouvelles catégories de personnes en situation de précarité: les étudiants, les retraités avec de faibles pensions, les salariés à temps partiel imposé...

Quelques chiffres qui figuraient dans un encart résument bien la situation:
- En 2009, le seuil de pauvreté qui avait été fixé à 959€ de revenus mensuels concernait 8,2 millions de Français
- Un quart des travailleurs salariés à une rémunération mensuelle se 750€
- Les 10% des Français les moins riches consacrent 40% de ces revenus au logement
- Si le patrimoine moyen de 10% des ménages les moins bien lotis est de 2 750€, il est 200 fois plus faible que celui des 10% de ménages les mieux lotis (lequel s'élève quant à lui à 552 300€)

lundi 6 février 2012

Le doodle consacré à François Truffaut

Nouveau doodle aujourd'hui, consacré à François Truffaut qui est né le 6 février et aurait eu 80 ans aujourd'hui. Un hommage devinette avec 3 vignettes avec lesquelles les cinéphiles retrouveront sans problème le titre du film:

Les 400 coups (1959)

Jules et Jim (1961)

Le dernier métro (1980)

Pourquoi ceux-là et pas d'autres?
Après avoir relu sa filmographie, force est de reconnaître que, certains des autres films, même avec des histoires très particulières, ne sont pas forcément identifiables avec une seule vignette, sauf à montrer une reproduction de l'affiche ou de l'actrice ou l'acteur principal.

dimanche 5 février 2012

"La colline aux coquelicots" de Goro Miyazaki

J'irai droit au but: ce film est un "petit cru" des studios Ghibli. Et le fait que ce soit Goro, le fils de Miyazaki, qui soit aux manettes n'y est pour rien.

Point positif: des productions Ghibli, on retrouve la "patte" via le soin apporté aux décors, en général bucoliques, et toujours très soignés, même dans la description du milieu urbain.

Points négatifs:
- le scénario qui pêche sérieusement. Normal, il est inspiré d'un shojo, l'un de ces mangas destinés à un public féminin de moins de 15 ans. Ne pas s'étonner donc si cette amourette contrariée entre deux adolescents qui cherchent à sauvegarder le vieux foyer des lycéens est plutôt nièvre.
- la bande-son, truffée de chansons au sujet desquelles on hésite: reprises dans un esprit passéistes de chansons traditionnelles ou nouveautés destinées à faire vendre la B.O. du film?
- les propos très passéistes tenus par des différents personnages.

Et l'on se prend à rêver de ce que le film aurait pu être si certains thèmes qui sont rapidement survolés, voire abordés implicitement, avaient été approfondis:
- la fuite de la mère de Umi, l'héroïne, parce que ses parents qui viennent du monde médical, n'acceptent pas qu'elle se mésallie avec un marin
- plus tard, son choix de donner son nom (et non celui de son mari) à ses enfants et ,e travailler loin d'eux,
- juste après 1945, les arrangements relatifs aux filiations de façon à éviter à certains enfants (dont la famille est morte des suites des radiations) l'orphelinat et l'exclusion,
- les doubles journées d'Umi lycéenne ET responsable du bon fonctionnement de la pension de famille tenue par sa grand-mère
- le contexte très particulier de l'action qui se situe en 1963 avec un pays où l'américanisation est en marche (voir la tenue de l'industriel qui dirige le conseil d'administration du lycée) alors que culturellement beaucoup se positionnent encore avant-guerre...

Conclusion: si je suis contente d'avoir vu ce film, je ne pense pas que j'en achèterai le DVD, ni même que je chercherai à le revoir.

samedi 4 février 2012

"Millénium" by David Fincher

Autant le préciser dès le départ, je n'aime pas le titre qui renvoie au journal qui emploie le "héros" du film. Certes on voit beaucoup Daniel Craig -dont la composition m'a donné de voir les James Bond qu'il a tourné- mais le véritable héros de ce film est en fait une héroïne.
Je n'aime pas non plus le sous titre français: "les hommes qui n'aimaient pas les femmes" qui renvoie "au(x) tueur(s) en série", quelles que soient les armes qu'ils utilisent.
Non, c'est le sous-titre américain qui est le mieux adapté: "the girl with the dragon tattoo". Parce que le véritable héros, le personnage central, même s'il se cache comme le hacker qu'il est c'est elle, la femme au dragon, Lisbeth Salander.

Bien que n'ayant pas lu le livre, je pense comme beaucoup que c'est le critique du New York Times, Michiko Katani, qui l'a le mieux décrite: "Lisbeth Salander, l’elfe féroce imaginé par Stieg Larsson, est l’un des personnages les plus étranges que l’on ait vu depuis longtemps : une gamine, sosie d’Audrey Hepburn avec tatouages et piercings, possédant l’attitude bravache d’une Lara Croft et l’intelligence calme, insensible d’un docteur Spock. Elle est l’image de la victime vulnérable devenue auto-justicière, une fille viscéralement antisociale, étiquetée handicapée mentale par les services sociaux, qui s’est révélée aussi explosive que n’importe quelle guerrière de jeu vidéo."

Pour revenir au film lui-même, autant savoir que c'est un film violent, dans la lignée de "seven". Il est tout aussi oppressant, mais en moins glauque.
Et même si le réalisateur suggère souvent plus qu'il ne montre -par exemple le long viol de Lisbeth que l'on devine aux plaies sur son corps nu lorsqu'elle se douche- "Millénium" justifie amplement son interdiction aux - de 12 ans.
Il est noir, très noir, à l'image du générique -superbe- dont les images de synthèse très sombres et la bande son vous clouent au fond de votre siège

vendredi 3 février 2012

Panne d'ascenseur

Déjà en arrivant, j'avais du monter -en pestant car j'étais chargée- les quatre étages à pied parce que la cabine était en train d'être nettoyée au dernier étage... C'est en partie pour ça que, en repartant une heure plus tard, à la vue des escaliers aux marches de pierre parfois inégales sur lesquelles ondulait le long serpent du fil électrique de l'aspirateur, j'avais préféré prendre l'ascenseur pour redescendre.
Mauvais calcul!
Juste avant le terminus la cabine s'est arrêtée, les portes intérieures bien fermées.
Coincée!...

Que faire?
D'abord se réjouir. Oui se réjouir d'avoir son téléphone portable sur soi, qu'il est rechargé à bloc, sans problème de forfait et qu'on peut donc passer quelques coups de fils:
- d'abord chez soi pour prévenir qu'il vaut mieux déjeuner sans nous attendre
- et puis le service de dépannage (ouvert 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24 *) dont le numéro (miracle!) est indiqué dans l'ascenseur**

Et là, se réjouir de nouveau, il ne devrait y avoir que 35 à 40 minutes d'attente***

Ensuite, que faire?
Un petit somme? Difficile car c'est une micro-cabine prévue pour officiellement 4 personnes debout mais une seule assise, et encore en tailleur ou les jambes repliées sur le côté.
Lire? Pas de chance, depuis quelques mois il n'y a plus en permanence un livre de poche dans mon sac.
Travailler sur le PC? Pas de chance non plus, depuis de nombreux mois, comme c'est un modèle ancien un peu lourd, j'ai ôté la batterie.
Alors???
Mais là, dans la pochette extérieure de la housse du PC, ça ne serait-ce pas les quelques jolies cartes postales de Nantes achetées afin de donner des nouvelles - le mois de janvier est fini et bien fini, donc plus question d'envoyer des voeux- à quelques amis lointains? Bingo! Un stylo et au boulot!

Moins de 30 minutes et trois cartes plus tard je sautais de la cabine qui avait effectivement bloqué à une cinquantaine de cm du sol... en me promettant in petto que désormais, même quand il n'y aurait que 4 étages, je les descendrai à pied!

* J'ai vécu dans un immeuble où le contrat s'arrêtait de 22 heures à 6 heures du matin. Ce que n'appréciait pas du tout la jeune femme en fauteuil roulant qui avait du plusieurs fois appeler des amis pour l'aider à remonter chez elle
** Dans mon immeuble, pendant longtemps, le n° de téléphone ne figurait qu'au rez de chaussée. Pas vraiment pratique quand on est coincé tout en haut dans les étages
*** ... surtout quand aucun besoin physiologique ne se fait ressentir

jeudi 2 février 2012

Drôles de noms (7)

Il est un petit exercice très amusant que l'on peut pratiquer une fois par semaine sur les pages du journal "le monde" en ligne. C'est à la rubrique "Diktée" et le titre de l'article renvoie en général au contenu des questions posées. Le dernier paru était: "Le boustrophédon peut-il rouir"
Il y avait plusieurs définitions pour le "boustrophédon" sur lequel j'ai calé. Mais j'ai béni d'avoir, jeune fonctionnaire, été affectée en Seine-Maritime où j'ai découvert le verbe "rouir" grâce au lin. En effet, la terre et surtout le climat de ce département sont en effet favorables à la culture de cette plante qui, outre la fibre qu'elle fournit, donne l'occasion aux personnes qui passent près des champs en fleur de s'émerveiller de leur beauté. La fleur de lin est bleue et voir des champs de lin onduler doucement sous le brise est l'un des plus beaux spectacles de la nature qu'il m'ait été permis de voir.

Et le verbe "rouir" dans tout ça? Il vaut mieux passer par le substantif qui en provient: le rouissage.
Le rouissage est la macération que l'on fait subir aux plantes textiles telles que le lin, le chanvre, etc... pour faciliter la séparation de l'écorce filamenteuse d'avec la tige. On fait rouir le chanvre ou le lin dans un routoir ou rouissoir. Le terme rouir vient du francique rotjan, qui signifie pourrir.
Alors le "boustrophédon" risque-t-il de rouir?
La réponse est non! En effet, le boustrophédon est un système d'écriture qui change alternativement de sens, ligne après ligne, à la manière du bœuf réalisant les sillons dans le champ, de droite à gauche puis de gauche à droite. Le mot est d'ailleurs inspiré du grec: "boeuf" + "action de tourner"
Qu'ajouter de plus?
Qu'en -431 avant J.C. un Grec, qui répondait au nom d'Archivos, a fait adopter à Athènes un texte par lequel le sens de l'écriture du Grec était désormais codifié. C'est pourquoi dans le monde occidental (incluant le Moyen-Orient) l'écriture va:
- de gauche à droite quand la langue est issue du grec
- ou de droite à gauche lorsqu'il s'agit d'une langue sémitique comme l'hébreu, l'araméen ou l'arabe

mercredi 1 février 2012

Un jour d'hiver à Obernai

Pour ce 1er Noël sans elle, il voulait être loin de la ville où nous le passions ensemble depuis tant d'années. Alors on est retourné à Obernai où nous étions allés l'été qui précédait, un été où il avait fait beau, où la campagne était belle aux alentours d'Obernai, où il faisait bon se promener à l'ombre des arbres, dans la petite vallée où court l'Ehn.

5 mois plus tard, le paysage était tout autre...
Au village de vacances, au matin du 25 décembre, qui était aussi celui de son anniversaire, plus aucun enfant ne se risquait sur le terrain de jeux.
Et il fallait faire très attention en descendant l'escalier qui menait à la promenade le long de l'Ehn.



Malgré la neige tombée, l'allée où se promener restait clairement visible. En l'absence de toute végétation, elle l'était même encore plus qu'aux beaux jours. Mais désormais, on n'avait plus aucune envie de s'assoir sur l'un des bancs installés le long du parcours.

Au delà du bois, la campagne était noyée sous une brume glaciale qui n'était pas sans faire penser aux vers de Guillaume Apollinaire... sauf que l'automne était maintenant passé.

Sur les bords de l'Ehn, plus aucun oiseau ne se risquait à prendre un bain.
Jour après jour, le givre avait habillé les branchages de feuillages de glace.
Et pourtant, malgré le froid, l'eau courrait encore et toujours: "l'amour s'en va comme cette eau courante..."

Il a craqué avant moi. Il a re-franchi le petit pont avant de retourner au chaud. Du bout de mes doigts glacés car non gantés pour mieux photographier, j'ai cliqué et je l'ai saisi une dernière fois, petite silhouette fantomatique au milieu des branches dénudées de l'hiver.

mardi 31 janvier 2012

"W ou le souvenir d'enfance" de Georges Perec (3)

Parmi les quelques souvenirs de son enfance qu'il raconte, Georges Perec mentionne trois livres, très différents qui l'ont marqué: "le tour du monde d'un petit Parisien", "Michaël, chien de cirque" et "Vingt ans après".
L'occasion rêvée pour expliquer ce que représente pour lui la lecture.

"(...) les mots étaient à leur place, les livres racontaient des histoires; on pouvait suivre; on pouvait relire, et, relisant, retrouver, magnifiée par la certitude qu'on avait de les retrouver, l'impression qu'on avait d'abord éprouvée: ce plaisir ne s'est jamais tari (...) je relis les livres que j'aime et j'aime les livres que je relis, et chaque fois avec la même jouissance, que je relise vingt pages, trois chapitres ou le livre entier: celle d'une complicité, d'une connivence, ou plus encore, au-delà, celle d'une parenté enfin retrouvée. (...)"

lundi 30 janvier 2012

"W ou le souvenir d'enfance" de Georges Perec (2)

Désespoir et espoir sur l'île de W
... mais est ce bien uniquement à W? En effet, ce que décrit Georges Pérec comme étant ressenti par les "sportifs" de son île imaginaire, n'est ce pas aussi ce qu'ont pu éprouver tous ceux et celles qui un jour ont été enfermés dans des camps de concentration ou même de re-éducation tels qu'il a pu en exister au Cambodge du temps des Khmers rouges?

Ne plus espérer?
"... Comment expliquer que ce qu'il découvre n'est pas quelque chose d'épouvantable, n'est pas un cauchemar, n'est pas quelque chose dont il va se réveiller brusquement, quelque chose qu'il va chasser de son esprit, comment expliquer que c'est cela la vie, la vie réelle, que c'est cela qu'il y aura tous les jours, que c'est cela qui existe et rien d'autre, qu'il est inutile de croire que quelque chose d'autre existe, de faire semblant de croire à autre chose, que ce n'est même pas la peine d'essayer de déguiser cela, d'essayer de l'affubler, que ce n'est même pas la peine de faire semblant de croire à quelque chose qu'il y aurait derrière cela, ou au dessous, ou au dessus. Il y a cela et c'est tout. (...)"

Espérer encore
"... Mais même les plus anciens des Athlètes,(...), même ceux-là croient encore qu'il y a autre chose, que le ciel peut être plus bleu, la soupe meilleure, la Loi moins dure, croient que le mérite sera récompensé, croient que la victoire leur sourira et qu'elle sera belle.(...)"

dimanche 29 janvier 2012

"W ou le souvenir d'enfance" de Georges Perec (1)

De Georges Perec, je n'avais lu jusqu'à présent que "la vie, mode d'emploi" qui avait passionné l'ancienne amateur de puzzles et "les choses" avec lequel j'avais peu accroché (peut-être étais-je alors trop jeune pour le lire). Et puis j'ai trouvé celui-là dans la bibliothèque des enfants. Et j'ai bien aimé, même si j'ai eu un peu de mal avec sa structure bizarre avec l'histoire de Gaspard Winkler et de l'île de "W" qui alternent avec les chapitres où Georges Perrec raconte un peu de son enfance.

Raconte - t-il d'ailleurs vraiment son enfance ou les bribes de souvenirs qu'il confie ne sont-elles pas un prétexte pour faire connaître "W"?
Un "W" qui pourrait renvoyer à l'histoire de Gaspard Winkler lequel, après avoir pris l'identité d'un enfant sourd-muet disparu, s'en serait allé le rechercher, quelque part dans l'une des multiples îles de la terre de feu?
A moins que ce ne soit la description d'une île située dans cette même région, une île surprenante avec son organisation axée uniquement autour du sport. Une île dont on s'aperçoit, chapitre après chapitre, qu'elle correspond en réalité à un immense camp de concentration? Une description qui fait peur, à cause des détails qui y sont mentionnés mais aussi parce que Georges Perec a rédigée cette histoire vers 1946, alors qu'il avait 12 ou 13 ans.

Il faut alors relire quelques lignes qui figurent au premier tiers de l'ouvrage:
"... j'écris parce que nous avons vécu ensemble, parce que j'ai été un parmi eux, ombre au milieu de leurs ombres, corps près de leurs corps; j'écris parce qu'ils ont laissé en moi leur marque indélébile et que la trace en est l'écriture: leur souvenir est mort à l'écriture; l'écriture est le souvenir de leur mort et l'affirmation de ma vie."