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mardi 26 mars 2019

Dernières BD lues "Algériennes" de Meralli & Deloupy

C'est d'abord la couverture qui a attiré mon attention:  si le regard est d'abord attiré par cet oeil de femme qui se cache derrière ses mains, c'est pour mieux découvrir que les motifs traditionnels habituellement effectués au henné sont cette fois-ci réalisés avec du sang , celui là même qui a imbibé le bas des manches de la djellaba .Alors j'ai feuilleté le livre et le peu que j'en ai lu a fini de me convaincre de l'acheter, même si le dessin ne fait pas partie de ceux que j'apprécie.
L'histoire? Ou plutôt les histoire car ici où se situe dans le cadre d'une fiction bâtie autour d'un personnage qui va recueillir toute une série de témoignage, pour comprendre. Le personnage central, c'est Béatrice, une "enfant d'appelé" c'est-à-dire qu'elle est née tandis que son père faisait la guerre d'Algérie.Mais ce celle-ci,  il refuse d'en parler. Alors sa fille qui a lu un article de presse qui l'a fort touchée, va chercher à savoir, à comprendre ce qu'il a pu vivre en faisant parler... 5 femmes: Lucienne, Saïda, Djamilla, Bernadette et Malika
Des témoignages
forts, parfois même bouleversants car certaines de ces femmes ont des mots très durs comme Djamilla: "la campagne algérienne devait se protéger de l'armée le jour et des fellagas la nuit". Il y a aussi des passages très difficiles à lire, comme le long témoignage de Saïda, fille de harki (pas vraiment bienvenue après son arrivée en France) ou Malika. Malika, c'était une militante avant d'être arrêtée et torturée, violée... Elle a pu échapper à la mort grâce à un appelé qui, ayant découvert ce qu'elle vivait, a organisé son transfert dans un hôpital où il a insisté pour déclarer qu'elle était mourante, contagieuse et qu'il ne fallait pas la renvoyer vers le centre d'interrogatoire. Après la fin de la guerre, Malika a participé au gouvernement algérien au sujet duquel elle est très critique: "...chaque jour la violence et l'oligarchie se sont installés. Je voyais des fonctionnaires bien placés s'enrichir quand le peuple se perdait dans la haine"Une BD fort instructive car on voit la guerre, du côté des femmes, elles dont la contribution à l'indépendance sera ensuite bien souvent effacée. Mais aussi parce que cette vision n'oppose pas d'un côté les bons Algériens et les mauvais Français. Et enfin, même si c'est accessoire, on comprend l'attachement viscéral que certains, nés là bas, peuvent garder avec leur terre natale, au point d'y être restée (quitte à y devenir une étrangère) comme Bernadette ou d'être émerveillé comme Saïda, juste en revoyant une photo de la maison natale telle qu'elle est devenue, accompagnée d'un peu de terre et de feuilles et fleur de l'oranger qui poussait à l'angle de la maison.

lundi 11 mars 2019

Dernières BD lues: "Le premier homme" par Jacques Ferrandez

BD lue en novembre 2017 et relue à l'occasion de la préparation de ce billet... tout en consultant  ce qui est écrit sur le Net au sujet du livre posthume de Camus.
Mes impressions de l'automne 2017: Un vrai plaisir à lire, pour le plaisir des yeux et pour le contenu qui donne très envie d'acheter ce roman autobiographique inachevé de Camus

Pour le dessin, Ferrandez fait partie de ceux qui ne m'ont jamais déçue: un trait réaliste épuré et une palette de couleurs superbe avec ces bleus & ocres bien à lui Quant à l'histoire, très inspirée de la propre enfance de Camus,
- il y a des passages émouvants, par exemple quand il parle de sa mère, quasi sourde, analphabète et qui, même pas après 5 ans de mariage, s'est retrouvée veuve, complètement soumise à sa mère, une forte femme qui dirigeait toute la maisonnée d'une poigne de fer, en n'hésitant pas à châtier son petit fils à coups de nerf de boeuf! La mère de Camus aurait pu "refaire sa vie" avec un homme qui était tombé amoureux d'elle, mais ni sa mère si son frère ne l'ont accepté.
-...mais aussi poignants lorsqu'il évoque la honte qu'il a éprouvé lorsqu'en 6ème il a fallu les documents relatifs à ses parents, la honte de devoir écrire que sa mère était, non pas "ménagère" (maintenant on dirait femme au foyer) mais domestique et servait de personnes qui auraient pu être  les parents des autres enfants de sa classe)... et ensuite avoir eu honte d'avoir eu honte de sa réaction. Un sentiment qui s'est renouvelé le soir quand il a du faire signer des documents à sa mère
Bien des mois plus tard, ce sont d'autres éléments qui me viennent à l'esprit: comme sa quête du père, de l'histoire de ce père qu'il n'a jamais connu, mais aussi derrière elle celle des colons venus s'installer en Algérie et qui s'y sont fait une place -souvent aux dépends de leurs habitants- Il y a aussi cet attachement charnel à la terre de son enfance (ses odeurs, couleurs, saveurs... ) lui qui pendant des années à préféré la fuir.  
Le livre, pardon la BD, se termine par ces phrases: l'espoir que ce qui "pendant tant d'années l'avait soulevé au dessus des jours, nourri sans mesure, lui fournirait aussi, et de la même générosité inlassable qu'elle lui avait donné des raisons de vivre, des raisons de vieillir et de mourir sans révolte"