mardi 31 janvier 2012

"W ou le souvenir d'enfance" de Georges Perec (3)

Parmi les quelques souvenirs de son enfance qu'il raconte, Georges Perec mentionne trois livres, très différents qui l'ont marqué: "le tour du monde d'un petit Parisien", "Michaël, chien de cirque" et "Vingt ans après".
L'occasion rêvée pour expliquer ce que représente pour lui la lecture.

"(...) les mots étaient à leur place, les livres racontaient des histoires; on pouvait suivre; on pouvait relire, et, relisant, retrouver, magnifiée par la certitude qu'on avait de les retrouver, l'impression qu'on avait d'abord éprouvée: ce plaisir ne s'est jamais tari (...) je relis les livres que j'aime et j'aime les livres que je relis, et chaque fois avec la même jouissance, que je relise vingt pages, trois chapitres ou le livre entier: celle d'une complicité, d'une connivence, ou plus encore, au-delà, celle d'une parenté enfin retrouvée. (...)"

lundi 30 janvier 2012

"W ou le souvenir d'enfance" de Georges Perec (2)

Désespoir et espoir sur l'île de W
... mais est ce bien uniquement à W? En effet, ce que décrit Georges Pérec comme étant ressenti par les "sportifs" de son île imaginaire, n'est ce pas aussi ce qu'ont pu éprouver tous ceux et celles qui un jour ont été enfermés dans des camps de concentration ou même de re-éducation tels qu'il a pu en exister au Cambodge du temps des Khmers rouges?

Ne plus espérer?
"... Comment expliquer que ce qu'il découvre n'est pas quelque chose d'épouvantable, n'est pas un cauchemar, n'est pas quelque chose dont il va se réveiller brusquement, quelque chose qu'il va chasser de son esprit, comment expliquer que c'est cela la vie, la vie réelle, que c'est cela qu'il y aura tous les jours, que c'est cela qui existe et rien d'autre, qu'il est inutile de croire que quelque chose d'autre existe, de faire semblant de croire à autre chose, que ce n'est même pas la peine d'essayer de déguiser cela, d'essayer de l'affubler, que ce n'est même pas la peine de faire semblant de croire à quelque chose qu'il y aurait derrière cela, ou au dessous, ou au dessus. Il y a cela et c'est tout. (...)"

Espérer encore
"... Mais même les plus anciens des Athlètes,(...), même ceux-là croient encore qu'il y a autre chose, que le ciel peut être plus bleu, la soupe meilleure, la Loi moins dure, croient que le mérite sera récompensé, croient que la victoire leur sourira et qu'elle sera belle.(...)"

dimanche 29 janvier 2012

"W ou le souvenir d'enfance" de Georges Perec (1)

De Georges Perec, je n'avais lu jusqu'à présent que "la vie, mode d'emploi" qui avait passionné l'ancienne amateur de puzzles et "les choses" avec lequel j'avais peu accroché (peut-être étais-je alors trop jeune pour le lire). Et puis j'ai trouvé celui-là dans la bibliothèque des enfants. Et j'ai bien aimé, même si j'ai eu un peu de mal avec sa structure bizarre avec l'histoire de Gaspard Winkler et de l'île de "W" qui alternent avec les chapitres où Georges Perrec raconte un peu de son enfance.

Raconte - t-il d'ailleurs vraiment son enfance ou les bribes de souvenirs qu'il confie ne sont-elles pas un prétexte pour faire connaître "W"?
Un "W" qui pourrait renvoyer à l'histoire de Gaspard Winkler lequel, après avoir pris l'identité d'un enfant sourd-muet disparu, s'en serait allé le rechercher, quelque part dans l'une des multiples îles de la terre de feu?
A moins que ce ne soit la description d'une île située dans cette même région, une île surprenante avec son organisation axée uniquement autour du sport. Une île dont on s'aperçoit, chapitre après chapitre, qu'elle correspond en réalité à un immense camp de concentration? Une description qui fait peur, à cause des détails qui y sont mentionnés mais aussi parce que Georges Perec a rédigée cette histoire vers 1946, alors qu'il avait 12 ou 13 ans.

Il faut alors relire quelques lignes qui figurent au premier tiers de l'ouvrage:
"... j'écris parce que nous avons vécu ensemble, parce que j'ai été un parmi eux, ombre au milieu de leurs ombres, corps près de leurs corps; j'écris parce qu'ils ont laissé en moi leur marque indélébile et que la trace en est l'écriture: leur souvenir est mort à l'écriture; l'écriture est le souvenir de leur mort et l'affirmation de ma vie."

samedi 28 janvier 2012

La nouvelle doyenne des Français

Elle s'appelle Marie-Thérèse Bardet et vit en Loire-Atlantique. Sa particularité? Comme elle est née en 1898, avec ses 113 ans elle est devenue la doyenne des Français... et même la doyenne des Européens.

Même si l'article de presse par lequel j'ai connu cette dame ne manquait pas de signaler que, jusqu'à l'an dernier, elle était encore très dynamique au point de parfois se lancer sur la piste lors des thés dansants, je ne sais si je dois souhaiter à ma grande qui fête aujourd'hui ses 25ans de vivre aussi longtemps. En effet la bonne forme physique de Mme Bardet reste a priori assez rare.

A priori, car les études sur l'état de santé des centenaires et de ce qu'on appelle les super-centenaires (plus de 110 ans) sont rares* On y apprend que ce sont en général des individus anciennement robustes qui ont su triompher des épreuves qu'ils ont vécues. Un bémol: seulement 35 % des femmes centenaires sont exemptes de suspicion de démence sénile**

Une maladie dont ne souffre pas Marie-Thérèse. Mais elle n’entend plus et parle peu. Ce qui ne l'empêche pas de communiquer via quelques gestes tendres avec le personnel.
Des gestes qui ne manquent pas d'étonner son fils, né en 1922 et qui vit dans le même établissement pour personnes âgées que sa mère. Ne dit il pas d'elle: « Maman, c’est un tempérament. Elle n’a jamais été très liante. Prendre ses petits enfants sur ses genoux pour leur faire des câlins ? C’est pas le style ! ».
Affaire d'époque sans doute car au début de ce siècle, il était peu fréquent de voir les parents manifester leur attachement à leurs enfants et petits-enfants.

< * La seule référence française "récente" trouvée sur le net est une étude publiée en ... 2003.
Une étude publiée en 2009 sur les super centenaires japonais indique que 105 ans semble être un cap au delà duquel un certain nombre de fragilités se manifestent
** Elles souffrent en outre plus souvent que les hommes du même âge de troubles ostéo-articulaires

vendredi 27 janvier 2012

Simon and Garfunkel - Old Friends

Un très jolie chanson sur les amitiés qui durent toute une vie
Chose étonnante, il y est question d'amis âgés de 70ans, l'âge qu'ont atteint l'automne dernier Simon & Garfunkel.

Old friends, old friends,
Sat on their parkbench like bookends
A newspaper blown through the grass
Falls on the round toes
of the high shoes of the old friends

Old friends, winter companions, the old men
Lost in their overcoats, waiting for the sunset
The sounds of the city sifting through trees
Settle like dust on the shoulders of the old friends.

Can you imagine us years from today,
Sharing a parkbench quietly
How terribly strange to be seventy

Old friends, memory brushes the same years,
Silently sharing the same fears

Time it was
and what a
time it was
it was
A time of innocence
a time of confidences.

Long ago
it must be
I have a photograph
preserve your memories
hey're all that's left you.

jeudi 26 janvier 2012

échos... (8)

Au départ, cette photo sur FaceBook m'a aussitôt fait penser -et je n'ai pas été la seule- à un tableau de Manet, "le balcon".
Et pourtant, que de différences:
Une photographie en noir et blanc contre un tableau impressionniste
Une fenêtre sans volet contre une fenêtre dont le vert des volets avait beaucoup agressé l'oeil des premiers visiteurs du Salon de 1869.
Une femme seule contre un portait de groupe
Une femme qui regarde attentivement au loin sur le côté contre des personnages qui regardent, légèrement absents un peu partout dans la rue.

Mais... Mais il y a le même angle gauche d'une fenêtre, la même pose du bras et surtout cette même capacité à retenir l'attention, alors même que les deux femmes regardent au loin!
Les deux femmes. Oui, car si dans le tableau de Manet, il y a 3 personnages principaux*, beaucoup ne voient que la jeune femme à gauche du tableau, celle qui deviendra plus tard elle même peintre et aussi la belle-soeur de Manet, Berthe Morisot.
Surprenant non, cette capacité de la mémoire de ne retenir d'un tableau qu'un quart de celui-ci, en oubliant complètement certains détails, comme le bleu de la cravate de l'homme, les gants jaunes qu'enfile l'autre jeune femme, ou le petit chien au pied de Berthe Morisot?

Chose étonnante, ce tableau de Manet est lui-même considéré comme l'écho d'un autre tableau, de Goya celui là: "majas au balcon" * Les deux autres personnages représentés étaient: Fanny Claus, une jeune violoniste et Antoine Guillemet, des intimes de Manet que l'histoire aurait complètement oublié sans ce tableau.

mercredi 25 janvier 2012

Avec Charles Mingus, une page d'histoire de la ségrégation aux Etats-Unis

En 1954, la NAACP (National Association for the Advancement of Coloured People) remporte une grande victoire devant la Cour suprême puisque cette dernière déclare que la ségrégation scolaire va à l’encontre de la Constitution. Cela n'empêche pas les Etats du Sud, dont l'Arkansas qui a alors Orval Faubus comme gouverneur, de se réfugier derrière leurs lois locales afin empêcher les élèves noirs d’intégrer les écoles blanches.
Dans la ville de Little Rock (Arkansas), quelques jours avant la rentrée des classes, sous prétexte d’éviter les violences, il fait appel à la garde nationale. Ce qui oblige le président Eisenhower à envoyer la troupe pour assurer la sécurité des neufs élèves noirs concernés. Entrés dans l'établissement le 25 septembre, ils y resteront tout le reste de l’année scolaire. Pas découragé, le gouverneur Faubus demande et obtient, au moins pour les lycées de Little Rock, la fermeture des écoles publiques pendant l’année 1958-1959. En fait, il faudra attendre 1970 pour que les écoles de Little Rock soient complètement «intégrées».
Cette même année, Charlie Mingus compose les "Fables of Faubus" dans lesquelles il dénonce les mœurs racistes de la société américaine.

A noter que ceci est la version musicale des "fables" dont il existe une version chantée dont les paroles furent longtemps interdites

"Oh, Lord, don't let 'em shoot us! Oh, Lord, don't let 'em stab us! Oh, Lord, don't let 'em tar and feather us! Oh, Lord, no more swastikas! Oh, Lord, no more Ku Klux Klan! Name me someone who's ridiculous, Dannie. Governor Faubus! Why is he so sick and ridiculous? He won't permit integrated schools. Then he's a fool! Boo! Nazi Fascist supremists! Boo! Ku Klux Klan (with your Jim Crow plan) Name me a handful that's ridiculous, Dannie Richmond. Faubus, Rockefeller, Eisenhower Why are they so sick and ridiculous? Two, four, six, eight: They brainwash and teach you hate. H-E-L-L-O, Hello."