En réponse à quelques petits extraits de phrases glanés dans les commentaires:
«...Bien tristounet ton chemin...», «... chemin de croix...», «... fleuve de l'oubli...»
... il m'apparaît nécessaire d'apporter un rectificatif. Ce voyage à rebours ne fût pas triste, ni destiné à oublier quoi que ce soit.
Bien au contraire.
Moi la sédentaire qui en 48 ans n'avait jamais voyagé du temps où je vivais chez mes parents ni choisi volontairement un lieu de destinatin lors des vacances familiales ultérieures mais toujours laissé faire à ma place, j'apprenais à partir, à quitter, à rompre mais aussi à marcher, à cheminer avec mes pieds et ma tête...
En outre, à l'époque, parmi différentes lectures que j'avais en cours, il y avait «Longue marche» de Bernard Ollivier. Et si mes marches furent beaucoup plus brèves que la sienne, elles portaient l'empreinte de quelques phrases de ses livres consacrés à son long périple sur la route de la soie.
"...Dans cette longue marche, ce long voyage solitaire, il y a de la vie qui va et de la mort qui vient..."
J'ajoute volontiers: "... et les choix que l'on doit faire durant ce laps de temps en agissant et non en subissant..."
Il y avait aussi cette phrase, même si, beaucoup plus paresseuse que lui, je n'ai jamais complètement atteint l'état qu'il décrit:
«...plus rien ne m'atteint. Mon corps, mes pieds , contents, se font oublier. Seul mon esprit plane sur la plaine. Je rêve debout, en marchant..."
Non, moi je marchais tout simplement en essayant de réfléchir, seule, et cette marche, même si elle ne m'a pas apporté sur le coup les réponses que j'en attendais, m'a permis de beaux moments tels que ceux qui suivent.
Marcher
On commence à marcher avec ses pieds
Allée rectiligne ou chemin sinueux
Plaine balayée par les vents ou chemin creux ombragé
Route poudreuse sous le soleil ou sentier mouillé de pluie
Je vous ai suivis
Sable ou gravier
Goudron ou béton
Herbe douce ou cailloux pointus
Damier de tuffeau blanc et d'ardoise noire de Chenonceaux
Mes pieds ont appris à vous reconnaître
Marcher les yeux à l’affût
du vol d'une feuille de peuplier emportée par le vent
du soleil qui cherche à percer le voile de brume
du reflet des saules dorés dans l'eau calme
du cormoran noir déployant ses ailes
et du héron immobile
Marcher les oreilles aux aguets
du bruissement des maïs trop mûrs
du chuchotement des arbres dans les peupleraies
du clapotis de l'ondée sur la mare
du grondement de l'eau au sortir des écluses
et de mes pas résonnants ou silencieux
Marcher avec la peau offerte
aux gouttes de pluie
au souffle tantôt frais tantôt tiède du vent
à la chaleur du soleil
Marcher et apprendre à respirer
Respirer à plein poumons
ou au contraire humer les yeux fermés
l'odeur de mousse et de champignons au détour d’un bois
celles d'eau douce et de sable mêlées tout au bord de la Loire
et à Chenonceaux
dans un recoin des cuisines
celle des pommes et coings dans un panier
dans un couloir
celle de cette gerbe de blé nouée
Marcher mais aussi savoir s'arrêter
Caresser du bout des doigts
le velouté des pétales des derniers coquelicots
le lissé des fruits d'aubépine
Frôler les piquants des marrons encore dans leur bogue
Lécher la goutte d'eau qui perle sur la feuille de houx
Marcher ou être arrêté
ne plus penser à rien
ou plus exactement ne plus avoir qu'une pensée
celle de ne faire qu'un avec ce monde paisible tout autour
Oublier toute violence
et sans plus de résistance
se laisser envahir par une paix immense