samedi 14 juin 2008

Destins d'Hommes (2) Guillaume Apollinaire, le mal-aimé si aimant

Il est temps maintenant de cesser de suivre à rebours le cours de la Loire pour évoquer un homme qui n'en a, à ma connaissance, jamais parlé. Par contre dans un poème, sans doute l'un de mes préférés, comme de beaucoup d'autres personnes, il mentionne un autre fleuve tant peint par les Impressionnistes: La Seine.
LE PONT MIRABEAU
Sous le pont Mirabeau coule la Seine Et nos amours Faut-il qu'il m'en souvienne La joie venait toujours après la peine Vienne la nuit sonne l'heure Les jours s'en vont je demeure
Les mains dans les mains restons face à face
Tandis que sous Le pont de nos bras passe Des éternels regards l'onde si lasse
Vienne la nuit sonne l'heure Les jours s'en vont je demeure L'amour s'en va comme cette eau courante L'amour s'en va Comme la vie est lente Et comme l'Espérance est violente Vienne la nuit sonne l'heure Les jours s'en vont je demeure Passent les jours et passent les semaines Ni temps passé Ni les amours reviennent Sous le pont Mirabeau coule la Seine Vienne la nuit sonne l'heure Les jours s'en vont je demeure
Ainsi Guillaume Apollinaire célèbrait-il ses amours défuntes à l'égard de l'une des nombreuses femmes qui ont traversé sa vie.
Guillaume Apollinaire, j'avais appris tant de poésies de lui durant mon enfance! Mais ça je ne le découvrirai que plus tard. Et ce sera grâce à un professeur de français passionné qui essaiera de rendre intéressant ses cours à des élèves scientifiques dont beaucoup prisaient fort peu la littérature.
Ainsi en dehors du poème "Zone" "A la fin tu es las de ce monde ancien..." qui figurait alors au programme, il avait choisi, sans doute par défi personnel, d'étudier longuement ce qui doit être le plus court texte de ce poète: "Chantre"
Et l'unique cordeau des trompettes marines
Il lui aurait pourtant été alors tellement plus facile de se contenter de parler à ses lycéens du poète mal aimé.
Guillaumme Apollinaire: "mal aimé"? Avec le recul, j'aurai plutôt tendance à écrire le "mal aimé mais si aimant" car que de femmes ont traversé sa vie:
Annie Playden
Marie Laurencin
Madeleine Pagès et
Louise de Coligny dite Lou, à laquelle il a dédié de fort beaux poèmes érotiques.
Finalement ce "mal aimé" épousera une "jolie rousse"" en ce mois de mai 1918: Jacqueline Kolb.Il ne vivra que peu de temps avec elle puisque, affaibli par les suites de la trépanation destiné à enlever un morceau d'obus qu'il avait dans la tête, il mourra de la grippe espagnole, deux jours avant que ne soit signée l'Armistice.

Et je resterai à jamais avec cette interrogation: quelle aurait été la teneur de ses poèmes à venir? Est-il possible d'imaginer le "mal aimé" écrivant, heureux, des poèmes d'amour comme le fit plus tard Paul Eluard, voire rédigeant un nouvel "art d'être grand-père"? La mort du "héros" permet parfois de préserver certaines rêves. Mais il existe une autre solution que la mort physique: la mort "psychique", celle qui consiste à rompre complètement avec la vie antérieure. Je songe notamment à celui qui pour moi restera un éternel adolescent aux semelles de vent.

vendredi 13 juin 2008

Remonter la Loire (Prologue/Epilogue)

Prologue Ce n'est que récemment que j'ai pris conscience que, tout comme la Loire a plusieurs sources dont il est difficile de savoir quelle est la véritable, ce voyage avait plusieurs causes et motivations. Si je remonte le cours du temps, la plus ancienne "source" remonte à un congrès http://www.med.univ-angers.fr/services/AARP/2004/Actes2004.htm auquel j'avais assisté sur le thème du chemin, du voyage. Et ce congrès se tenait à Fontevraud qui est si proche de la Loire... A la fn de celui-ci, grâce à une guide passionnée et passionnante, j'avais mieux connu la vie d'Aliénor d'Aquitaine, une femme bien éloignée des souvenirs laissés par mes cours d'histoire des années collège. Aliénor dont je croiserai de nouveau la route, en partageant des préoccupations un peu similaires à celles qui furent un temps les siennes, lorsque je me rendrai, prise d'une impulsion subite, à l'église Saint Etienne de Beaugency. Entretemps, via un "blog", http://prumtiersen.typepad.com/ l'un des tout premiers que, jeune "surfeuse, je visiterai, j'aurai re-découvert ce fleuve. Re-découvert car jusque alors je n'avais pas encore vraiment compris la magie de la lumière angevine chantée par Du Bellay http://poesie.webnet.fr/poemes/France/dubellay/1.html, ni à quel point ses eaux parfois calmes comme sur un lac pouvaient aussi se révéler tumultueuses et même mortelles en certains lieux et périodes. Enfin, un internaute, très attiré par l'eau mais aussi certains monuments dont les châteaux, en visitant ceux du Val de Loire durant l'été 2006, me convaincra, sans même le savoir , de choisir de marcher à rebours le long de ce fleuve plutôt que, comme initialement envisagé: arpenter rles chemins de Compostelle ou suivre les côtes de ma Bretagne natale. Epilogue Chose étonnante, c'est ce même internaute qui m'a récemment fait connaître cette chanson de Serge Reggiani "la Loire" qui va clôre, peut-être temporairement, ce trop bref voyage de quatre jours où j'ai commencer à remonter un peu le cours de la Loire. La Loire un jour en a eu marre d'aller toujours vers l'océan toujours dans le sens le l'histoire toujours dans le sens du courant. A Tours elle a fait demi tour après un pied d' nez au donjon le fleuve a rebroussé son cours "à moi le mont gerbier des joncs" C'est bon de redresser sa course de remonter jusqu'à la source d'arriver au bout et de voir marqué "Départ" Moi aussi je veux retourner sur mes pas voir dans le temps si j'n'y suis pas je vais leur faire le coup d'la Loire C'est fini je tourne le dos à la mort comme la Loire retourne à la mer (mère) je prens mon destin à revers La Loire se met à gambader dans des villages déjà vus à se laisser rétrograder en sifflotant un air connu. 'Y des péniches ainsi troublées que si elles s'envolaient soudain il y a des prêtres agenouillés devant ce changement divin. Mais n'écoutez pas les oracles ce retour n'est pas un miracle la Loire a décidé tantôt d'être un ruisseau Moi aussi je veux retourner sur mes pas voir dans le temps si j'n'y suis pas je vais leur faire le coup d'la Loire c'est fini je tourne le dos à la mort comme la Loire retourne à la mer (mère) je prens mon destin à revers ça y est je marche à reculons les cheveux noicissent à vue d'oeil je vois des souvenirs bruns et blonds me faire le comité d'accueil. ça y est je suis lisse et fluet la guerre commence par la victoire le cinéma devient muet Je ne suis pas plus haut qu'un trottoir. je me fous bien du temps qui passe j'ai toute ma vie devant ma glace j'ai décidé de faire ce soir le coup d'la Loire si je meurs que ce soit plutôt dans mon berceau paroles de Claude Lemesle

jeudi 12 juin 2008

Remonter la Loire (10)

Vendredi 20 octobre, le voyage touchera à sa fin via une promenade en grande partie sous la bruine, voire la pluie, du côté de "la prairie aux lapins » qui, implantée sur la commune de Sully, a été classée au conservatoire du patrimoine naturel de la région Centre.
Contrairement aux autres châteaux bâtis en bord de Loire, celui de Sully ne domine pas vraiment le fleuve, peut-être parce qu'il est construit en recul de celui-ci, tout au bout d'une longue plage de sable et d'alluvions colonisée par les oiseaux.
Je cheminerai longtemps au bord de l'eau. A un moment, je descendrai même tout au bord, au point presque de me tremper les chaussures. Là, après avoir ramassé quelques petits cailloux qui dorment maintenant dans une coupelle, je m'enivrerai de cette odeur si particulière de la Loire, une odeur qui n'est ni celle de la Seine, ni celle du Rhône, avant de poursuivre mon chemin jusqu'à l'entrée de la "prairie aux lapins".
Ce site est en réalité un parcours pédagogique ponctué, de loin en loin, de panneaux forts utiles pour expliquer la démarche mise en oeuvre (des interventions de l'homme limitées au maximum) et surtout la spécificité de ce fragile écosystème des bords de Loire. Du coup, le sentier ne se devine parfois qu'au dernier moment
Je ne cueillerai rien et surtout pas les lichens blancs qui parsèment le sol ou habillent les arbres et dont les panneaux m'auront appris qu'en certains endroits il faut près de 100 ans pour qu'ils colonisent l'espace, 1ère étape avant l'installation d'autres espèces. Je couperai même, un peu gênée d'en fouler l'herbe, au travers d'une vaste prairie. En effet avec la pluie de plus en plus drue, j'aurai soudain hâte d'aller me mettre au sec.
Ce sera donc avec cette dernière image, un peu floue ou brumeuse, au choix, que je quitterai Sully avant d'attaquer cette longue route qui via Orléans, Blois, Tours et Angers me ramènera, à la nuit tombée, à Nantes.

mercredi 11 juin 2008

Remonter la Loire (9)

En route pour Orléans, petite pause à Meung, sur une esplanade aménagée sur les bords de Loire d'où j'ai pu observer les remous de l’eau générés par ce que je pensais être les restes d’un ancien pont.

Mais l'image peut aussi être regardée différemment avec ces plantes qui s'accrochent, coûte que coûte, sur la moindre parcelle de terre ferme et luttent au quotidien pour résister à la force du courant.

Arrivée à Orléans, (coucou Ossiane http://ossiane.blog.lemonde.fr/ coucou Jeandler http://jeandler.blog.lemonde.fr/ dont je ne connaissais alors pas les sites...) il sera trop tard pour la longue ballade le long des quais (de surcroît en travaux) que j’avais envisagée. Alors du quai nord, je me contenterai d'observer des kayakistes manoeuvrant sur les flots agités de ce faux fleuve tranquille...

...et le soleil voilé qui s'y reflétait, vaille que vaille, en cette fin de journée.

Et puis j’irai jusqu’au centre de l’un des ponts d’où l’on a une belle vue à la fois sur la ville, le fleuve et sur l’île centrale qui s’est formée entre les bras de ce dernier.
Je resterai longtemps là, fascinée par cette île sauvage aux couleurs d’automne, en regrettant de ne pouvoir m’y promener à pied...

mardi 10 juin 2008

Remonter la Loire (8)

Oui, la randonnée que j'ai faite entre Tavers à Beaugency fût probablement l'un des plus belles que j'ai effectuées durant ce voyage. Pourtant, j'ai eu un peu de mal à trouver le début de la ballade, étant même à deux doigts de partir à contresens.
Mais non, pour aller à Beaugency il fallait bien passer par dessus ce pont duquel on entrevoyait l'arrière d'un moulin désaffecté avec son escalier désormais couvert de mousse. Les herbes aquatiques étaient mises en valeur par l'eau très claire.
Celle-ci devait toujours l'avoir été, j'en veux pour preuve les restes d'un ancien lavoir à partir duquel commençait effectivement la ballade que la mairie avait aménagée en une large promenade.
La largeur de celle-ci diminuait cependant rapidement, sans qu'à aucun moment le ruisseau ne devienne plus profond ou son eau plus trouble.
En voyant son fond sableux j'ai eu très envie, malgré la fraîcheur ambiante, d'enlever mes chaussures de marche pour y plonger les pieds (on ne change guère à mon âge...). Seule m'en dissuadera la perspective des difficultés à renfiler sur des pieds humides chaussettes et chaussures.
A un moment toutefois le cours d'eau deviendra plus profond pour former une sorte de petite mare dont le vert un peu laiteux ne sera pas sans me rappeler certains lacs de montagne Après avoir traversé une peupleraie d'une extrême tristesse avec ses arbres dénudés sous le ciel gris et brumeux que le soleil peinait à percer, le paysage deviendra plus agréable.
A un moment je ne pourrai me retenir de sourire en voyant le contraste entre deux jardinets. Le premier était manifestement dessiné par un paysagiste, avec ce qu'il faut d'allées qui descendent de la maison en contournant de jeunes arbres et des buissons harmonieusement disposés. Et juste à côté, un jardin en deux parties. En haut la partie « publique » celle visible de la rue, très classique avec sa pelouse bien tondue et, tout en bas d'un escalier dont le portail représentait... la tête d'une locomotive et les marches ressemblaient de loin à des rails : le jardin potager du propriétaire, et peut-être l'endroit où il était le plus heureux, loin des apparences que l’on est ou se sent parfois obligé de donner.. . Plus loin, ce seront des pairies où paissent librement des chevaux.
En arrivant sur Beaugency, je ne regarderai que brièvement le pont, préférant me consacrer à l'observation d'un étrange oiseau noir solitaire qui restera de longs moment les ailes déployées sur ce qui semblait être la surface de l'eau mais devait en réalité être une branche d'arbre immergée ou un rocher.
Plus tard j'apprendrai que les cormorans noirs plongent sous l'eau pour attraper leur proies, mais que leur plumage n'étant pas « étanche » ils sont de ce fait obligés de rester ensuite de longs moments avec les ailes déployées afin de sécher leurs plumes.

dimanche 8 juin 2008

...question...

Ce matin il fait beau. Très beau même sur Nantes.
Parce que c'est dimanche, alors même que sur cette place où se croisent voitures et traways est souvent bruyante, le chant des oiseaux n'a aucun mal à monter juqu'aux fenêtres ouvertes. Comment sera-t-elle quand nous irons la voir?
J'aimerais tellement que ses visiteurs d'aujourd'hui et des très rares jours à venir, en la quittant, ne gardent d'elle que la même impression de sérénité, certes un peu triste, mais comment pourrait-il en être autrement, que celle qui émane de cette photo de Edouard Boubat.

Remonter la Loire (7)

Le 19 octobre 2006, la randonnée de Tavers à Beaugency fût probablement l'un des plus belles que j'ai effectuées durant ce voyage. Mais avant de la réaliser, les hasards de la route me conduisirent à faire plusieurs haltes.
Ainsi , au sortir du pont de Muides qui enjambe la Loire, dans ce paysage bucolique, mon attention avait été attirée par un ouvrage d'art qui ne l'était guère:... la centrale nucléaire de St Laurent des eaux.
Etrange juxtaposition: d'un côté les fumées qui émergeaient de la centrale, de l'autre une entreprise d'extraction de sable avec, en contrebas, une gabarre à l'ancienne d'où émergeait un filet de fumée. Pas très gai comme vision, un peu à l'image de notre monde moderne.
Alors j'ai préféré regarder vers l'amont pour ne retenir que cette petite île sableuse formée à la base d'une des piles du pont, toute une petite île recouverte par les traces de pattes de dizaines d'oiseaux.
Nouvelle pause à St Dyé (petite ville qui fût autrefois le port à partir duquel le château de Chambord était ravitaillé) le temps d'observer un étrange manège d'oiseaux qui allaient et venaient en longues vagues au dessus de l'eau, probablement au dessus d'un banc de poissons.
Pas facile, non impossible de saisir la beauté de ces voltigeurs.
Ce n'est qu'en repartant que je verrai ce poteau qui indique que St Dyé est l'un des haltes sur la route du chemin pour St Jacques de Compostelle, route que j'avais envisagée un moment de faire avant d'y renoncer pour différentes raisons (...)

samedi 7 juin 2008

Remonter la Loire (6)

Après Chenonceaux, je suis allée à Chaumont-sur-Loire, non pas pour les superbes jardins qui, tous les étés, donnent lieu à des expositions temporaires très recherchées, mais pour une promenade le long du fleuve. (...)
Elle commencera au milieu des jardins ouvriers mis à disposition de la population par le Conseil général du coin.
Assez amusant de voir comment les citadins peuvent se fabriquer un petit coin à eux avec un arbre pour ménager un peu d'ombre pour l'été, de grands tonneaux pour récupérer l'eau de pluie et produisent à la fois de mets raffinés comme les asperges (dont il ne restait que le feuillage aérien parsemé de petits fruits rouges) ou de volumineuses citrouilles.
Hélas, aucun enfant n'y avait inscrit son nom. Les traditions se perdent.
En fait il me faudra longtemps marcher avant de retrouver le fleuve caché derrière un épais fouillis d'arbres. Ma promenade sera donc essentiellement botanique, entre les orties, dont je découvrirai à cette occasion qu'elles peuvent fleurir en blanc ou mauve... mais toujours en piquant :-)
... et la camomille sauvage camouflée au milieu de brins de bruyère desséchée.
Je croiserai aussi beaucoup de papillons blancs avec des taches noires ou aux ailes marbrées en orange et marron. J'essaierai en vain de les suivre pour les photographier, ces survivants de l'été profitant des rayons de soleil automnal avant de mourir.
Il faisait beau, il faisait doux ce jour-là...

vendredi 6 juin 2008

Remonter la Loire (5)

En réponse à quelques petits extraits de phrases glanés dans les commentaires: «...Bien tristounet ton chemin...», «... chemin de croix...», «... fleuve de l'oubli...» ... il m'apparaît nécessaire d'apporter un rectificatif. Ce voyage à rebours ne fût pas triste, ni destiné à oublier quoi que ce soit. Bien au contraire. Moi la sédentaire qui en 48 ans n'avait jamais voyagé du temps où je vivais chez mes parents ni choisi volontairement un lieu de destinatin lors des vacances familiales ultérieures mais toujours laissé faire à ma place, j'apprenais à partir, à quitter, à rompre mais aussi à marcher, à cheminer avec mes pieds et ma tête... En outre, à l'époque, parmi différentes lectures que j'avais en cours, il y avait «Longue marche» de Bernard Ollivier. Et si mes marches furent beaucoup plus brèves que la sienne, elles portaient l'empreinte de quelques phrases de ses livres consacrés à son long périple sur la route de la soie. "...Dans cette longue marche, ce long voyage solitaire, il y a de la vie qui va et de la mort qui vient..." J'ajoute volontiers: "... et les choix que l'on doit faire durant ce laps de temps en agissant et non en subissant..." Il y avait aussi cette phrase, même si, beaucoup plus paresseuse que lui, je n'ai jamais complètement atteint l'état qu'il décrit: «...plus rien ne m'atteint. Mon corps, mes pieds , contents, se font oublier. Seul mon esprit plane sur la plaine. Je rêve debout, en marchant..." Non, moi je marchais tout simplement en essayant de réfléchir, seule, et cette marche, même si elle ne m'a pas apporté sur le coup les réponses que j'en attendais, m'a permis de beaux moments tels que ceux qui suivent.

Marcher

On commence à marcher avec ses pieds Allée rectiligne ou chemin sinueux Plaine balayée par les vents ou chemin creux ombragé Route poudreuse sous le soleil ou sentier mouillé de pluie Je vous ai suivis
Sable ou gravier Goudron ou béton Herbe douce ou cailloux pointus Damier de tuffeau blanc et d'ardoise noire de Chenonceaux Mes pieds ont appris à vous reconnaître
Marcher les yeux à l’affût du vol d'une feuille de peuplier emportée par le vent du soleil qui cherche à percer le voile de brume du reflet des saules dorés dans l'eau calme du cormoran noir déployant ses ailes et du héron immobile
Marcher les oreilles aux aguets du bruissement des maïs trop mûrs du chuchotement des arbres dans les peupleraies du clapotis de l'ondée sur la mare du grondement de l'eau au sortir des écluses et de mes pas résonnants ou silencieux
Marcher avec la peau offerte aux gouttes de pluie au souffle tantôt frais tantôt tiède du vent à la chaleur du soleil
Marcher et apprendre à respirer Respirer à plein poumons ou au contraire humer les yeux fermés l'odeur de mousse et de champignons au détour d’un bois celles d'eau douce et de sable mêlées tout au bord de la Loire et à Chenonceaux dans un recoin des cuisines celle des pommes et coings dans un panier dans un couloir celle de cette gerbe de blé nouée
Marcher mais aussi savoir s'arrêter Caresser du bout des doigts le velouté des pétales des derniers coquelicots le lissé des fruits d'aubépine Frôler les piquants des marrons encore dans leur bogue Lécher la goutte d'eau qui perle sur la feuille de houx
Marcher ou être arrêté ne plus penser à rien ou plus exactement ne plus avoir qu'une pensée celle de ne faire qu'un avec ce monde paisible tout autour Oublier toute violence et sans plus de résistance se laisser envahir par une paix immense

jeudi 5 juin 2008

Remonter la Loire (4)

Il est dit que Chenonceaux, ce très joli château qui enjambe le Cher, fût marqué par les femmes qui s'y succédèrent, chacune imprimant sa marque. Celle qui m'a le plus impressionnée fût celle (je n'ai jamais été très férue en histoire donc j'ai oublié son nom) qui, à la mort de son mari, fit refaire toute la décoration de sa chambre en noir, avec pour seules taches claires les symboles mortuaires de l'époque: crânes, tibias mais aussi plumes...
Mais je vais trop vite. Avant, il y aura cette impressionnante galerie pavée d'ardoise noire et de tuffeau blanc. On y a dansé dans cette galerie, on y a souffert aussi puisqu'elle servit un temps de salle commune pour un hôpital militaire.
Oui je vais trop vite, ce qui est pour le moins paradoxal car j'ai vraiment pris le temps de déambuler à l'intérieur de ce château, et j'en garderai de multiples souvenirs visuels ou même odorants, à l'image des nombreuses compositions florales croisées le long de mon chemin.
Odeur de pommes et de coings dans les cuisines au sous-sol, odeur d'épis de blé dans un couloir un peu sombre...
Et il en sera un peu de même à l'extérieur où je m'arrêterai près de l'un des nombreux orangers où coexistaient fruits encore un peu verts et fleurs au parfum délicat qu'aime tant l'un de mes enfants.
En retournant vers la voiture, je délaisserai la grande allée pour aller me perdre dans le labyrinthe, ce qui me donnera l'occasion de voir les sous-bois tapissés de cyclamens et fouler l'épais tapis de feuilles rouge-brun des marronniers.
Comme souvenir j'emporterai autant de marrons que ceux et celles que j'aime... dont un qui a lontemps trôné, tel un clin d'oeil, sur le PC de mon bureau.

mercredi 4 juin 2008

Remonter la Loire (3)

Après avoir quitté Rigné-Ussé, j'ai longé la Loire le long de cette route qui fait partie du circuit de « la Loire à vélo » lequel offre de superbes points de vue.... sauf que la configuration des lieux ne se prête guère aux arrêts lorsqu'on est en voiture.
Quand j'ai enfin réussi à le faire, ce fût pour photographier ces étranges plantes que, faute de mieux, je baptiserai « chardons » dont j'apprendrai via ce blog qu'ils sont aussi surnommés "cabarets des oiseaux"
Bréhémont est une jolie commune avec des maisons aux façades en tuffeau sculpté.
Descendue près du fleuve je verrai ces fameuses gabarres, barques à fond plat utilisées autrefois pour le transport des marchandises et qui ont repris du service, à la fois pour emmener les touristes sur les îles qui parsèment le fleuve mais ausi participer à cette manifestation appelée « la remonté du sel » laquelle part de la presqu'île guérandaise pour aller jusqu'à... je ne sais plus où.
Et puis en tout début d'après midi, ce sera Savonnières: ma première rencontre avec ces étranges oiseaux noirs dont je croiserai tantôt des représentants isolés en train de déployer les ailes pour les sécher, tantôt en colonies si nombreuses que de loin je croirai parfois qu'il s'agit de plots enterrés au bord du rivage.
Très vite j'abrégerai cette balade. C'était vraiment trop triste de se promener le long de cette sorte d'autoroute à piétons faite de dalles en béton dénuées de toute poésie. Confort des vélos, mais mélancolie assurée pour les randonneurs, à l'image de cette souche flottant entre deux eaux...

De retour à Savonnières, je me fierai au panneau en bas de cet escalier qui annonçait une belle vue. Une fois de plus perdu! Au travers des arbres encore verts je n'entreverrai que la flèche du clocher et un tout petit bout du fleuve.

Je serai plus heureuse avec Amboise. Jolie petite ville avec cet hôtel, situé sur une petite place ombragée, qui fera partie de ces délicieux hôtels de province très cosy (il était d'ailleurs fréquenté par beaucoup d'Anglais) où les couples qui les tiennent sont pleins de petites attentions. Ainsi cette rigolote cabine téléphonique anglaise d'où il convient d'appeler le gardien ... et le lendemain matin la douce odeur des petits pains cuits maison qui vous accueille en arrivant dans la salle à manger, les petits pots en verre avec de la confiture cuite à l'ancienne...

mardi 3 juin 2008

Remonter la Loire (2)

Rigné-Ussé Sur la place de l'Eglise, ici comme dans beaucoup d'autres communes en France, a été planté en 1989 un arbre de la Liberté. J'y déjeunerai au retour de la promenade, laissant errer mon regard sur les jardins qui descendent vers l'Indre.
Mais auparavant j'aurai retrouvé, non, découvert la plaisir de randonner, seule, sans attache, sans contrainte.
Libre.
Libre d'avancer à mon rythme le long de ce chemin qui au départ filait tout droit, ce qui ne m'a pas empêchée de m'arrêter pour photographier ces drôles de baies dont une amie m'apprendra à mon retour à Nantes qu'il s'agit de fusain.
Je me suis arrêtée plus longuement auprès de cet escalier au bas duquel il y avait une barque amarrée. Le soleil très pâlichon arrivait vaille que vaille à se refléter dans l'eau. La mélodie et les derniers vers de la chanson « Mon mari est parti » de Anne Sylvestre me trottaient dans la tête: «... si les bords de l'étang me semblent monotones, j'irai jouer dedans ...» Même image, autres impressions car quelqu'un me dira lorsqu'il la verra qu'il a pensé, à cause de la chaîne, à cette nouvelle de Maupassant où un homme doit passer une nuit entière sur une barque La brume est tombée et il n'arrive pas à relever l'ancre qui lui permettrait de retourner chez lui. Il est a deux doigts de sombrer dans la folie, de se laisser glisser dans l'eau sans espoir de remonter.
Moi j'ai continué mon chemin, qui, après être devenu un simple sentier au milieu des herbes humides, s'est ensuite élargi lorsqu'il est redevenu une large allée qui logeait une peupleraie.
Il se dégageait de celle-ci une immense tristesse. Etait-ce du à la mélodie de la bruine qui tombait sur les feuilles au sol, à celle du vent dans les branches des arbres dénudés ou à l'alignement des arbres qui me faisait penser aux cimetières militaires... toujours est-il que je ne l'ai vu qu'au dernier moment, lorsque, tel une ombre, il a traversé ma route.
Nous nous sommes longuement regardé, lui cillant régulièrement des ses yeux jaune orangé et moi fascinée par son aile qui pendait tristement.
Ce hibou moyen duc avait-il été blessé par un chasseur? Je n'en saurai jamais rien. Ni même combien de temps il a pu survivre ainsi car, ne sachant que faire pour lui, j'ai poursuivi ma route le long d'un interminable champ de maïs dont les épis n'avaient pas été cueillis.
Là aussi l'atmosphère était triste. Très éloignée de a description avec un champ de maïs aux jeunes épis verts dont dont j'avais lu la description. Je me rappelais surtout ces films japonais où les samouraïs se déplacent dans de les champs en cherchant à savoir, en fonction du bruissement dans les feuilles sèches, l'endroit où se cache l'ennemi prêt à les attaquer.
Etranges pensées donc, peut-être suscitées par les avions chasseurs qui, à deux reprises, ont traversé le ciel tandis que je m'interrogeais sur l'implantation de la base aérienne dont ils décollaient.
Le chemin du retour vers le château me parut long, très long...
La dernière image que je garderai du château de Rigné-Ussé, dit aussi de la Belle au Bois dormant car Charles Perrault s'en serait inspiré, ce sera celle-ci, capturée juste avant de remonter vers l'église tandis que je longeais l'un de ces murs de pierres jaunes qui savent si bien éclairer le paysage lorsque le soleil les caresse.

lundi 2 juin 2008

Remonter la Loire (1)

Au programme du mardi 17 octobre, figuraient initialement deux balades : l’une aux alentours de Rigné-Ussé, l’autre de Savonnières (et non Savennières, qui correspond à un vignoble). En réalité, prise d’une impulsion j’y ai ajouté une visite de Azay le Rideau et une longue halte à Bréhémont dont les bords de Loire m'avaient séduite. Azay-le-Rideau Du château proprement dit, je n’ai rien vu, d’abord parce que j’avais prévu dès le départ que je ne visiterais qu’un seul château: celui de Chenonceaux. Mais aussi parce que la vision d’un car de scolaires attendant l’ouverture des portes a eu tôt fait de m’en dissuader. Il n’en demeure pas moins que j’ai gardé de bons souvenirs de Azay. Dès le départ, ce fût ce cabanon de briques rouges enjambant l’eau pour venir se poser sur une petite île.

De retour à Nantes je découvrirai qu’un aquarelliste qui a fait le voyage à vélo dans le sens amont/aval, avait croqué ce même petit pavillon.

Au centre de Azay, je n’ai pu m’empêcher de sourire en voyant deux boutiques : une boulangerie/chocolaterie répertoriée au Bottin Gourmand et, juste à côté, un institut de beauté qui mettait l’accent sur des programmes d’amaigrissement. Comment ne pas imaginer ce genre de propos : « Vous ferez bien une séance de sauna après la religieuse au café, le miroir cassis et l’opéra que vous avez dégustés ? A moins que, pour rester dans les mêmes saveurs, vous ne préfériez un massage au cacao ?»

Idem lorsque j’ai vu une « sonnette » un peu particulière à l’entrée d’une maison. En réalité une grosse cloche sous le cou d’un chien en métal, version artistique et humoristique de ces petits panonceaux : « Attention, je monte la garde ». Plus sérieusement, je retiendrai de Azay non pas le moulin, avec l’eau si calme et les longues chevelures d’herbes aquatiques y flottant avant le bouillonnement du déversoir, mais ces deux vues prises du pont qui surplombe l'Indre. D'un côté il y avait ce vieux lavoir faisant désormais partie d’une propriété au jardinet fleuri et de l’autre cette palette de couleurs d’automne où le jaune éclaire le dégradé de verts et de pourpre aux tons sourds compte tenu de la faible luminosité.

... Destins d'Hommes...Destin d'une Femme...

Il était initialement prévu que je parle de ce poète, mort de la grippe espagnole et enterré au Père Lachaise, deux jours après l'Armistice... Mais ce poète, celui qui de lui-même s'était surnommé le "mal aimée " attendra... Il attendra que je cesse ces voyages devenus désormais quotidiens entre Nantes et ma ville natale. Durant ce temps il sera question d'impressions sur un autre voyage réalisé 18 mois plus tôt en remontant la Loire...Impressions anciennes dont une bonne part sera programmée à l'avance, une manière comme une autre de défier l'écoulement du temps :-)