mardi 2 avril 2013

Les mauvais souvenirs - 1/4

Le pire souvenir remonte au début de la carrière. Les deux personnes qui étaient en face de moi de jour là sont très probablement désormais retraitées, mais le devoir de réserve qui a été le mien pendant tant d'années fera que leurs prénoms seront changés. Et comme le hasard a voulu que ces deux là aient eu un prénom commençant par la même lettre, elles seront M1 et M2.
Pour situer le contexte, M1, le grand Manitou, avait eu la délicate mission de reprendre en charge une direction amputée de plus de la moitié de ses effectifs qui, suite à une première vague de décentralisation, avaient été affectés, bien souvent contre leur volonté, auprès d'une collectivité locale. M2 avait en charge les services du personnel et du budget de cette même direction et "faisait l'intérim" lorsque M1 était en congés.
C'est à ce dernier titre que, quelques jours auparavant, avec un collègue nous l'avions  rencontré afin de connaître les modalités de mise en oeuvre de nos demandes de mutation qui venaient de recevoir un avis favorable. M2 était d'un naturel prudent, très prudent. Alors il avait fini par lâcher quelques promesses tout en nous conseillant de prendre rendez-vous avec M1 afin d'obtenir confirmation de ce qu'il avançait.
A ce second rendez-vous le collègue ne pouvait être présent et c'est seule que j'ai du affronter le Dragon et son toutou, pardon M1 et M2. M1 a attaqué bille en tête en s'étonnant d'une telle demande de RV ... parce que bien sur M2 avait "oublié" de le lui indiquer.
Quand je lui ai expliqué que mon collègue et moi-même souhaitions obtenir une confirmation des engagements faits en son nom par M2: M1 s'est d'abord étonné: "Pas besoin d'une telle confirmation, ce que dit [M2] en mon absence m'engage" avant de s'enquérir de ce à quoi l'avait engagé M2. Quand elle l'a su, la première réaction a été "Vous avez mal compris, il n'a pas pu promettre ça". Et quand j'ai demandé à M2 de confirmer les propos qu'il avait tenus lors de la précédente réunion, il a encore plus piqué du nez vers ses dossiers, sans rien dire.
Mon erreur a été d'insister en regrettant que mon collège ne soit pas là pour conforter mes propos. M1 a alors clôt la discussion avec un magistral:  "C'est ça, dites que [M2] ment" qui m'a laissée sans voix. Oui M2, en se taisant lamentablement, mentait... sauf que c'était moi qui passait pour une menteuse. A ce stade, il ne restait plus qu'une chose à faire: écouter M1 expliquer que pour elle primait avant tout ses bonnes relations avec la collectivité locale.... avant de retourner fondre en larmes dans mon bureau.
C'est ce jour-là que j'ai compris pour la première fois que, même dans la fonction publique, les personnels n'étaient que des "moyens humains". 
Crédits photos:
- de sombres pensées by Cédric Leblond
- Panic by Mikel Lastra

3 commentaires:

caphadock a dit…

Nous avons des exemples au plus haut niveau

flo a dit…

En même temps, le lourd silence de M2 parlait pour lui, je suis sûre que M1 s'en rendait bien compte (il a peut-être même eu un savon après ton départ, qui sait?)

Verveine

@nn@ a dit…

Je n'y ai pas pensé en rédigeant ce billet Caphadock mais il est vrai que l'actualité nous a encore offert un bel exemple de mensonge.
Je suis de ton avis pour la 1ère partie de ta proposition Flo/Verveine. Mais pas pour la seconde car il était notoire que M2 était apprécié de M1 -elle était d'ailleurs dans la boutique!- qui a du lui proposer cette "mise en scène". Mais sur le coup j'étais trop "démontée" pour m'en apercevoir & réagir