samedi 27 juin 2009

Departures

C'est finalement ce film qui a reçu l'Oscar du meilleur film étranger aux dépends de "Hors les murs" et surtout de "Valse avec Bachir". Ayant vu aussi ce dernier, je comprends mieux la difficulté du choix puisque en la matière il ne peut avoir d'ex aequo.

J'ignore quel est la signification exacte du titre japonais, mais le choix de "departures" est très judicieux car il y aura beaucoup de départs dans ce film: des départs matériels puisque Daïgo,le héros, quitte Tokyo pour retourner dans sa ville natale, puisqu'il prépare les morts avant leur dernier voyage pour le crématorium, mais aussi psychologiques puisqu'il aide ainsi les vivants à quitter leur proche décédé.

Le film n'est pas pour autant morbide car il est rempli de scènes d'humour, et cela dès le départ. Daïgo, très ému par la beauté d'une jeune femme qui s'est suicidée, décide de lui faire la toilette mortuaire jusqu'au moment où il découvre en l'effectuant à tâtons sous la couverture qu'il y a un "truc". Très troublé il passe le relais à son patron qui va aller demander aux parents présents jusque là impassibles "Nous le maquillons comment: en femme ou en homme?"
Cette scène illustre ainsi la capacité du réalisateur à faire passer le spectateur du sourire aux larmes, éventuellement via une même série de scènes. On rit quand on découvre comment Daïgo s'en sort lorsque son patron lui demande de jouer le rôle d'un mort afin de réaliser une vidéo destinée aux autres professionnels. Plus tard on est bouleversé quand Mika, la femme de Daïgo, regarde cette même vidéo car il lui avait caché la réalité de son métier puisque la profession de ce qui tient de l'employé des pompes funèbres et du thanatopracteur est taboue au Japon. Et Mika quittera alors son mari qui refuse de quitter son nouveau métier.
Le réalisateur rend hommage à cette profession et plus d'une fois on se retrouve en larmes parce qu'il montre comment à cette occasion les vivants peuvent enfin renouer avec leurs proches avant de les laisser franchir ce qu'un vieux Monsieur appelle "la porte". Daïgo y trouve une certaine sérénité au point de rejouer régulièrement du violoncelle

(il était musicien professionnel auparavant) mais sur son instrument d'enfant car il lui reste deux "voyages" à réaliser, deux deuils: celui de n'avoir pas été présent lors du décès de sa mère et celui de son père.
Et c'est Mika qui est finalement revenue près de lui qui l'incitera puis l'accompagnera lorsqu'il fera la toilette mortuaire de son propre père qu'il n'avait pas vu depuis près de 30 ans. Il pourra enfin se souvenir du visage de celui qui lui avait raconté une jolie mais triste histoire au sujet de pierres. Avant l'invention de l'écriture, les hommes faisaient savoir quelle était leur humeur en offrant à leur correspondant une pierre. Le père de Daïgo lui avait donné une grosse pierre pleine d'aspérités avant de quitter le domicile conjugal et il est mort en gardant dans sa main la minuscule petite pierre blanche toute lisse que lui avait remise son fils.

Il ne sera rien dit de ce qu'il advient de cette petite pierre.
Mais il y aura juste une question: s'il fallait offrir à quelqu'un que l'on aime une pierre, laquelle choisir?

4 commentaires:

verveinecitron a dit…

Je l'aime bien cette histoire de pierres, et c'est ce que je voulais dire hier: la pierre a un côté minéral qui est assez fascinant. A nous de l'apprivoiser pour qu'elle nous donne sa force et pas juste son poids...

@nn@ a dit…

Verveinecitron, voici la suite de l'histoire de la pierre.
La petite pierre blanche et lisse est tombée de la main crispée du père de Daïgo pendant qu'il faisait la toilette mortuaire de son père.
Stupéfait, il la ramasse et la donne à sa femme qui est assise près de lui.
Après l'avoir gardée quelques instants sur son coeur, elle la lui redonne.
Il la tend alors de nouveau vers sa femme ou plus exactement vers le ventre de sa femme qui est enceinte de leur premier enfant.

Et je crois bien que le film s'arrête là, car il n'y avait rien à ajouter.

verveinecitron a dit…

Je n'avais pas entendu parler de ce film (il faut dire qu'à l'époque des Oscars j'étais bien occupée...), mais tu me donnes envie d'aller le voir.

@nn@ a dit…

On a d'autant moins entendu parler de ce film Verveinecitron que c'est ce concurrent qui nous a empêché nous Français d'obtenir l'Oscar du meilleur film étranger!
D'ailleurs je lui préférais à l'origine "Valse avec Bachir" et pourtant
- d'une part le Japon est un pays qui me fascine (l'une de mes filles y part samedi pour un mois)
- d'autre part le thème qui y était abordé n'était pas sans trouver un écho dans un certain nombre de mes préoccupations actuelles.
Si tu tiens à le voir, n'oublie pas les kleenex car si on sourit beaucoup par moment, les moments d'émotions sont aussi très nombreux mais sans jamais verser dans le pathos volontairement larmoyant