samedi 4 octobre 2008

Voyage intérieur... d'impression en impression (4)

Si l'image de mon père est associé au jardin et à l'odeur des feuilles de tomates, celle de ma mère est liée à celle des lessives. Dans la pièce qui faisait office de buanderie, un lave linge a été installé il y a quelques années mais il reste encore dans l'un des coins de la pièce cette immense bouilleuse noire en fonte avec en dessous son foyer qu'il fallait alimenter avec du bois. Et à quelques pas de là, juste sous un robinet d'eau froide: un grand bac en zinc rempli d'eau qui l'été trônait au milieu du jardin.

En tant normal, la pièce était sombre, humide et plutôt froide sauf certains lundis: celui de jour de grande lessive, celle du "blanc". Ces jours-là il faisait bon à rester là, assise sur les dernières marches de l'escalier, dans la douce vapeur parfumée par les odeurs de savon. Parfois, après avoir longuement mélangé le linge qui bouillait avec un long bâton en bois que de très nombreuses lessives avait rendu doux et lisse, ma mère me demandait de l'aider. Tantôt il fallait transporter entre les deux bacs les pièces de linge qu'elle avait partiellement essorées. Et en la voyant faire, je restais alors en admiration devant ses mains abimées (dont j'avais la plupart du temps honte devant mes amies) en la voyant manipuler à mains nues, de lourdes pièces de linge brûlantes.

Plus tard, quand le linge était rincé et plus froid, elle m'autorisait à l'aider à tordre les longs draps de coton blanc que des années auparavant elle avait brodé durant ses rares moments de temps libre. A chaque tour du linge, le chant de l'eau tombant sur le sol devenait plus doux. Et puis il fallait le porter dehors où il sècherait accompagné de deux bénédictions: qu'il fasse grand vent et surtout qu'il ne pleuve pas. Il prendrait alors cette odeur inimitable du linge séché au soleil qu'aucun adoucissant ne pourra jamais remplacer .

Une fois sec, il y aurait ces jeux que j'ai retrouvé plus tard avec mes enfants: les draps que l'on plie en refermant dans ces replis toutes ces parfum de savon et de grand air, que l'on tire pour en enlever les plis en espérant faire chuter l'autre ou que les enfants qui passent en courant dessous puissent être "attrapés" dans leur course...

5 commentaires:

Agnès a dit…

J'aime beaucou ces photos! Bon samedi a vous!

Anonyme a dit…

Merci ... pour ces odeurs, ces lumières, ces souvenirs... ce tant de beauté du linge qui sèche au soleil... et pour ces pinces à linge en bois... que d'émotion... que d'émotion... nous ne sommes jamais sortis de notre enfance et cela est bon...
Grand merci à vous et que le week end vous soit doux ...

Il y avait aussi les draps que nous étendions sur l'herbe pour qu'ils sèchent au soleil quand le fil manquait.... j'aimais ces grands rectangles blancs

Anonyme a dit…

Entre le Sud et ces parfums d'enfance, l'émotion toute dorée de lumières qui me roule comme une vague puissante et douce.

Merci.

Anonyme a dit…

Dernièrement au musée de Toulon d'art contemporain Un énigmatique plasticien -peintre exposait toute une série .......... de draps soigneusement pliés ,après son intervention il confiait que son enfance était marquée par les lessive de sa mère et qu'il avait besoin de traduire ce sentiment pour avancer : Lawence Carrol est son nom, il disait aussi que c'était un potentiel en devenir ily a un article sur mon blog reportage (decO7)
Merci Chère Anna de retraduire tous les sentiments humains d'une si belle façon simple et émouvante
Je serai à Paris la sem prochaine
pour engranger des impressions et surtout des expos
A bientôt AA

@nn@ L. a dit…

* Désolée Agnès mais aucune des photos n'a été prise par moi. Elles ont toutes trouvées sur le net avec un moteur de recherche trop connu que je ne citerai pas (rire)

* C'est vrai Maria qu'il y avait plus d'émotions dans le rituel des lessives d'autrefois (mais qu'est ce que c'était dur pour les femmes que ce travail là) que dans les lave-linge et sèche-linge actuels...
Le jardin de mes parents étant exclusivement potager je n'ai hélas jamais connu les draps étendus dans les prés

* Vous Michel vous aviez eu droit lundi à une avant-odeur (expression inventée) de ces souvenirs là (sourire). D'autres suivront ...

* l'art contemporain, très franchement Arlette, ce que j'en ai vu récemment à Nantes m'a laissée fort perplexe...
Mais bon, l'exposition était autour de Geoges Perec qui au dela de ses livres était quelqu'un de très particulier.
Et puis je suis quelqu'un de très terre à terre. Normal d'ailleurs avec des grands parents maternels agriculteurs et patrenel militaire devenu garde-forestier (rires)
Bon séjour parisien, faites le plein d'images et ... d'impressions...