jeudi 31 juillet 2008

Entre le Blade Runner et le Réplicant, qui est le plus humain?

Ce film, pourtant sorti en 1982, je ne me rappelle pas l'avoir vu sur grand écran. Donc sa première vision doit être postérieure à début 1987, date de l'acquisition d'une télévision que je ne regarde désormais plus guère. Elle correspond à la version où l'on entend, en off, la voix d'Harrison Ford commenter l'action, et diffère donc de celle qui m'a été offerte quelques années plus tard en format VHS (et dont le réalisateur gardera le principe lors des sorties en DVD) que que je n'ai quasiment jamais regardé. De peur d'être déçue? Plus que jamais il s'agit donc d'impressions... J'ai beaucoup aimé ce film pour l'ambiance cosmopolite de Los Angeles où se passe l'action, pour cette histoire très particulière qui tourne autour de la différence Homme/Robot (thème récurent chez Philip K. Dick dont j'ai lu pas mal de nouvelles après avoir vu ce film), la musique de Vangelis, Harrison Ford (qui n'était pas encore tombé dans ce travers de beaucoup d'acteurs qui ne savent pas se renouveler) et une actrice qui jouait le rôle de Rachel et que je trouvais très belle: Sean Young. Trois scènes m'ont particulièrement marquée. * La première rencontre entre Rachel et Deckard, venu enquêter dans l'entreprise qui fabrique les répliquants que lui, « Blade Runner » doit « effacer ». Il est déjà très attiré par elle alors même qu'il va comprendre petit à petit qu'elle est aussi un réplicant et qu'il lui sera probablement demandé de la tuer. * La seconde scène a lieu dans l'appartement de Deckard où Rachel l'a suivi . Elle a à la fois très peur et envie de savoir la vérité qu'elle devine: elle est un réplicant . Plus que la scène où lorsqu'elle veut s'enfuir, où il la rattrape et l'embrasse, j'aime le moment où lui s'étant endormi, elle explore son appartement.

Après avoir remarqué toute une série de vieilles photos sur un piano, extrait une partition, deviné que parmi les souvenirs que son «créateur » lui a été implantés en guise de mémoire, elle savait jouer du piano et commence à le faire après avoir dénoué ses cheveux.

* La dernière scène concerne Rutger Hauer. C'est lui le dernier réplicant encore vivant (Rachel étant mise à part). Après avoir poursuivi Deckard dans une lutte finale dans cet immense appartement situé dans un immeuble déserté par ses habitants, il va lui finalement lui sauver la vie. Alors que Deckard est suspendu au dessus du vide par sa seule main encore valide, il le hisse à côté de lui sur la terrasse de l'immeuble et lui parle. Il sait qu'il va mourir car les sentiments qu'il a éprouvés en tant que réplicant (alors qu'il n'est pas programmé pour) ont d'autant raccourci sa vie. Et il ne veut pas être seul à ce moment là. La pluie qui tombe se mêle aux larmes de douleur de Deckard dont l'une des mains a été brisée dans la lutte et à celles du répliquant.Ce dernier avant de mourir après avoir laissé s'envoler une colombe décrit la beauté des univers où il est allé et qu'il ne reverra jamais. Qui est finalement le plus humain : - le « Blade Runner » qui gagnait sa vie en tuant, apparemment jusque là sans aucun état d’âme, des « réplicants » - le « Réplicant» qui, durant ce court laps de temps qui lui est donné de vivre (4 à 5 ans, sachant que les émotions qu’il peut éprouver raccourcissent d’autant le temps qui lui est octroyé) cherche à comprendre le sens de la vie que lui ont donnée les terriens ?

mercredi 30 juillet 2008

:-)))))))))

Grâce à un internaute j'ai retrouvé la barre d'outils qui permet de maîtriser (enfin a minima....) la mise en page du blog. Aujourd'hui remise en forme (garantie sans courbatures mais peut-être le bout des index douloureux en fin de journée...)
* générale pour la configuration du blog
* particulière pour certains des anciens messages pour lesquels celle-ci a été altérée de façon plus importante
* ... et nouveau départ demain ou vendredi au plus tard.

dimanche 27 juillet 2008

un demi siècle...

... tout juste aujourd'hui :-) Mais, sur le blog, des problèmes techniques qui perdurent (apparemment liés au "wysiwyg" bien affiché dans les paramètres mais qui ne s'active pas lors de la frappe des messages)...Très pénible... Du coup @nn@ pourrait bien aller poser ses bagages ailleurs que chez son actuel hébergeur... à suivre...

samedi 26 juillet 2008

problème technique :-(

Mauvaise surprise ce matin.... Au moment de rédiger le billet du jour, je me suis aperçue que j'avais perdu la barre d'outils qui permettait d'insérer des photos, de modifier les polices, d'assurer la mise en page sans trop galérer... Donc pas de nouveau message tant que ce problème technique n'aura pas été résolu... et vu mes capacités en informatique, ça pourrait durer... Désolée...

vendredi 25 juillet 2008

Images d'autres enfances...

... celle d'une petite fille au regard triste et songeur saisie icic par un photographe travaillant pour l'UNICEF... ... tout comme l'était au siècle dernier celui de la petite châtelaine de Camille Claudel... ... même si parfois s'y ajoutait comme la grâce d'un ange avec 'l'aurore" ... ... alors qu'il faudrait que tous les enfants puissent avoir ce regard-là... ... paisible et serein...

...et sourire à la vie

jeudi 24 juillet 2008

Une chanson pour parler d'enfances brisées

Pour Anne Franck et Tanguy/Michel del Castillo, c'est la guerre, révélateur de la folie collective ou individuelle des hommes, qui a interrompu leur enfance. Parfois c'est tout autre chose qui a brisé à jamais une enfance. Je pense à vous: C... qui en a aussitôt parlé et que l'on a pas crue, F... qui a mis plus de 20 ans à oser regarder son père dans les yeux et se dire que: non, ce n'est pas elle qui était responsable de ce qui était arrivé, C... qui a mis plus de 40 ans à expliquer à ses parents ce qui s'était passé ce jour là après l'office dans la sacristie, et à ceux et celles qui avaient hélas plus de raisons que moi d'écouter ce soir là, bouleversés, la chanson de Agnès Bihl .http://www.agnes-bihl.com/
Intervenant en 1ère partie d'un concert de Anne Sylvestre, elle s'était agenouillée sur la scène, à hauteur d'enfant et avait chanté, quasiment toutes les lumière éteintes, avec juste un halo blond autour de sa tête, d'une voix de petite fille à l'enfance à jamais perdue.
video
A la fin de la chanson qui suit, personne n'a applaudi.
Touche pas à mon corps
Fais pas ça
Je serais sage comme une image
Alors pourquoi t'es pas gentil?
C'est pas juste et moi j'ai pas l'âge
ça va me faire mal à la vie
C'est pas d'ma faute à moi
Si je veux pas faire ça!
Et toi tu sais pourquoi ça s'fait
Que le silence, ça fait du bruit?
Tu m'as dit que c'est un secret
et moi j'ai fait pipi au lit...
Papa, c'est toi qu'est le plus fort!
Touche pas à mon corps!
Si te plait
Moi ça me crie dedans ma tête
Me fais pas ça, me fais le pas!
Quand tu viens me voir en cachette
Touche pas là que je comprends pas
C'est pas d'ma faute à moi
Si je peux pas faire ça!
Moi je voudrais bien me punir
Mais quand tu viens, pis que tu restes
ça fait trop mal et c'est trop pire
Je t'aime trop mal et puis je me déteste!
C'est vrai tu sais, je t'aime alors
Touches pas à mon corps!
Fais pas ça
Pas les yeux là où ça fait mal
Et les mains là où ça fait peur
Moi je sais pas si c'est normal
Quand c'est tout sale à l'intérieur...
C'est pas d'ma faute à moi
Si tu veux me faire ça!
Mais quand tu r'gardes tout partout
C'est pas du jeu, pis t'as psas l'droit
J'sais bien qu'c'est pas des vrais bisous
Et pis d'abord, c'est pas-t-à-toi!
Même que c'est vrai, même que d'abord
Touche pas à mon corps!
Si te plait
Me fais pas ça, papa arrêtes,
Fais-le-pas, moi je n'aime que toi
Alors, je le dis dans ma tête
Ne reviens plus... mais t'en vas pas...
C'est pas d'ma faute à moi
Si je veux pas faire ça!
Et toi, tu sais pourquoi ça s'fait
pourquoi personne il peut le voir?
Tu m'as dit que c'est un secret
Pourquoi personne, il veut savoir...?
Papa, c'est toi qu'est le plus fort
Touches pas à mon corps!... d'accord...?

mercredi 23 juillet 2008

Destins d'Enfants et d'Adolescents

L'enfance et l'adolescence, combien d'entre nous en gardent un souvenir ému, comme d'un temps béni, une sorte de paradis perdu, d'âge où tous les posssibles restent permis.
Mais pour d'autres, tel ne sera pas le cas et certains n'auront pas de toute une vie pour essayer de comprendre et oublier cette enfance là.
Certains le feront via l'écriture, au jour le jour, tant que la vie le leur permet.
Parmi ces livres figure "le journal" de Anne Franck, découvert comme beaucoup d'autres personnes de ma génération, à l'adolescence.
Mais il est une chose que je ne comprends pas: mes parents posssédaient très peu de livres. En général d'ailleurs ne figuraient dans la petite bibliothèque familiale que les incontournables ouvrages alors étudiés en classe, tels que "Le rouge et le noir" de Stendahl, "L'assomoir" de Zola ou encore "La condition humaine" de Malraux...
Alors comment ce petit livre de poche dont je rappelle encore la couverture au bleu délavé,sur lequel ressortaient les lignes rouges comme l'étaient alors nos cahiers d'école avait pu arriver chez nous? Qu'importe après tout, ce livre, adolescente, je l'ai lu, et relu.
Plus tard, beaucoup plus tard, on m'a offert une biographie de ce que fût la vie de Anne Franck, avant, et après qu'elle ait quitté l'annexe, et dont il ressortira que le journal que j'avais lu adolescente avait été pas mal "retouché", certains passages étant purement et simplement supprimés.
Je l'ai cependant racheté, relooké...tout en ayant en tête cette question lancinante: est-il souhaitable, tout comme d'autres ouvrages découverts et aimés à cette époque, de les relire, au risque de perdre la magie dont ils s'auréolent encore dans mon souvenir.
La même question se pose au sujet de "Tanguy" de Michel del Castillo.
Si pour beaucoup, un "Tanguy" est désormais un jeune adulte qui s'incruste, tel le héros du film de Chatiliez, au domicile parental, pour moi Tanguy est cet enfant laissé par son père qui ne partageait plus les idées politiques de sa femme, aux "soins" de celle-ci, laquelle l'abandonnera, comme elle dans d'autres circonstances abandonné, ses autres enfants.
L'histoire de Tanguy, en fait celle de Michel del Castillo est bouleversante, comment ne pourrait-elle ne pas l'être lui qui, en 1942, alors qu'il navait que 9ans, s'est retrouvé en camp de concentration. De ce qu'il y vécu, et de ce qu'il vécu ensuite ne reste qu'une question:
Est-il possible de retourner à une vie normale, de retrouver intacts ses souvenirs, quand on a traversé les pires ignominies?
A travers plusieurs livres, Michel del Castillo a lui aussi essayé, via l'écriture d'assumer son passé mais aussi de tenter de comprendre sa mère...
... et je serais bien en peine, aujourd'hui que sa mère a disparu, de savoir si, au travers de ses livres, on peut considérer qu'il y est parvenu.

D'autres ne pourront jamais oublier ce qu'ils ont vécu, mettant même parfois des années avant d'oser parler de ce qu'ils ou elles ont vécu.

mardi 22 juillet 2008

Destins de Femmes (4) les héroïnes de Miyazaki

Le premier personnage connu de Hayo Miyazaki a, paradoxalement pour ce réalisateur de longs métrages dessinés très féministe, été un homme/cochon: Marco alias "Porco Rosso", auquel dans la version française Jean Reno a prêté sa voix si typique. Mais déjà les femmes sont présentes, très présentes à travers: Gina, la très belle patronne de l'hôtel Adriano, mariée successivement à trois pilotes, tous morts les uns après les autres en mission et qui espère que Marco la rejoindra un jour dans son jardin secret, Fio, la jeune dessinatrice passionnée d'aviation, qui, minuscule bout de femme, matera en beauté les vieux pirates de l'air en leur rappelant les idéaux des pilotes, notamment d'hydravion, et toutes les femmes, jeunes et vieilles, qui participent à la reconstruction de l'hydravion de Porco parce que les hommes sont partis chercher du travail ailleurs. Ces femmes travailleuses ne sont que les annonciatrices de ces anciennes prostituées mises au ban de la société et à qui Dame Eboshi, dans "Princesse Mononoké", redonne un statu en leur confiant la lourde mission de faire fonctionner les forges... ce qui n'est pas au goût de Princesse Mononoké.
Autre personnage féminin fort que San dite Princesse Mononoké, petite fille abandonnée par les hommes et qui a été élevée par une gigantesque louve blanche/déesse du monde animal dont le plus beau représentant est le dieu Cerf qui, doté du pouvoir de mort et de vie, règne sur le monde du jour et de la nuit. Mais que ces femmes ou grandes adolescentes ne fassent surtout pas oublier les autres héroïnes de Miyazaki. Il y a la jeune et timide Sophie qui, parce qu'un beau magicien un peu volage l'a séduite, subit la malédiction lancée par une sorcière jalouse et se retrouve avec un corps de vieille femme. ("Le château ambulant") Il y a aussi "Kiki, petite sorcière" adolescente qui part seule à la découverte du monde afin de découvrir quel est son don. Il y a encore Chihiro, petite fille au départ très boudeuse et immature. Ses parents ont violé un sanctuaire et à cause d'eux elle devra lutter pour se libérer, ainsi que ses parents, et Haku, jeune sorcier ambitieux, des sorts lancés par la toute puissante Yubaba qui maintient les gens sous son emprise en leur volant une partie de leur nom, et par la même de leur identité. ("le voyage de Chihiro")... Pas facile de résumer une oeuvre de Miyazaki tant elle est riche en symboles, pas toujours faciles à interpréter pour les occidentaux que nous sommes. Mais de ce foisonnement émergent quelques thèmes très forts: * la force des figures féminines auprès desquelles les hommes apparaissent bien faibles, * l'importance de la nature et de l'impact négatif des interventions humaines régies par la violence et la mort ("Nausicaa" et "Princesse Mononoké") * et, tout comme dans beaucoup de contes pour enfants, la nécessité de se dépasser via un difficile apprentissage. Tout cela on le trouve dès l'un de ses premiers films "mon voisin Totoro" qui met en scène deux petites filles confrontées à la maladie de leur mère. Elles trouveront une aide précieuse auprès d'une sorte de chat/ours/lapin, invisible des adultes et qui deviendra l'emblème des studios Gihbli Mais hélas, dans la vraie vie, les enfants et les adolescents ne rencontrent pas toujours quelqu'un qui les accompagne aussi bien pour grandir...

lundi 21 juillet 2008

Destins d'Hommes (5) Deux héros de Taniguchi

Le mangaka Jiro Taniguchi est officiellement entré sous mon toit sous la forme du premier volume de "Quartiers lointains".
Officiellement, car via la revue Télérama qui lui avait consacré un article à l'occasion de la sortie française de "l'homme qui marche", j'avais fait sa rencontre en me disant que, dès que l'occasion se présenterait, il me faudrait explorer son oeuvre.
Avec Taniguchi on est très loin de Goldorak et de la perception habituelle qui s'attache, ou plutôt s'attachait car les choses changent, aux images dérisoires (traduction littérale du mot manga)
"l'homme qui marche" est une bonne approche de l'oeuvre de Taniguchi.
On y voit une homme, a priori d'une trentaine d'années, vivre, sans quasiment qu'aucune parole ne soit échangée, un certain nombre de ce que j'appelle "les petits bonheurs":
- celui de grimper dans un arbre pour décrocher un avion en papier... et d'y rester...
- celui de franchir un soir d'été torride de franchir la grille d'une piscine pour y nager et faire la planche, seul au milieu du bassin, sous le regard des étoiles...
- celui de s'allonger sous un cerisier en fleurs, de s'apercevoir qu'une belle jeune femme, elle aussi fascinée par l'arbre, est venue s'installer près de vous... et la quitter en la laissant endormie au milieu des pétales...

Assez différente est l'approche "quartiers lointains" puisque là une histoire complète est racontée en deux volumes. Voici le résumé que l'on trouve sur Wikipedia: Un Japonais d’une cinquantaine d’années se remet difficilement des excès d’alcool commis la veille, à tel point qu’il se trompe de train pour rentrer chez lui. Il se retrouve dans celui qui se dirige vers la ville de son enfance et il en profite pour se rendre sur la tombe de sa mère. Ce retour sur les traces de sa jeunesse va se transformer en bond dans le temps car notre héros va être transporté dans la peau de ses quatorze ans. Et là commence l'essentiel de l'histoire car l'année de ses 14 ans, son père avait quitté brutalement le foyer conjugal. Désormais prisonnier de son passé, il est alors donné la possibilité à son fils de comprendre, avec son expérience d'homme adulte, ce qui a pu alors se passer, et, d'une certaine manière, de se réconcilier avec son père, avant de s'en retourner vers le monde actuel où les relations avec la famille qu'il a fondée en seront à jamais bouleversées.

Le thème de l'enfance, de la famille, de l'influence du passé .. tout cela est régulièrement présent dans l'oeuvre de Taniguchi qui comprend aussi comme livres (car pour le lecteur, à ce degré d'écriture, il ne s'agit plus de bandes dessinées mais bel et bien de livres): "L'orme du caucase", "un ciel radieux", "la montagne magique"

dimanche 20 juillet 2008

Post-Scriptum

Il y a un certain temps que j'en ressentais le besoin, voire la nécessité, à savoir ajouter à certaines pages des post-scriptum, pour faire part de précisions apportées par d'autres internautes, ou faire état d'un nouvel élément... Au jourd'hui c'est chose faite au sujet: - de la page du 19 juillet Traces d'ombres – Fictions - de la page du 17 juillet "l'armée des ombres" - de la page du 14 juillet Destins de Femmes (3) Gene Tierney - de la page du 23 juin Parents et enfants chez Edouard Boubat - de la page du 24 juin Destins de femmes (1) Changer de nom pour oublier une autre vie - de la page du 23 mai Il pleut sur Nantes... enfin pas autant que ça

samedi 19 juillet 2008

Traces d'ombres - Fictions

Il y a les documents autour de la Shoah, et puis il y a des récits qui, pour fictifs qu'ils soient, peuvent aussi être très choquants.
Je pense notamment à deux nouvelles, l'une fait 51 "pages" (photos inclues) et l'autre 10.
Deux fictions qui font l'effet d'une claque car elles rappelent à ceux qui les lisent l'importance de rester vigilant car il suffit parfois de peu de temps pour que tout bascule...
L'essentiel de ce message ne sera pas écrit par moi, mais par d'autres qui ont parfois extrèmement bien résumé les ouvrages.
"Inconnu à cette adresse" est le premier livre de Kathrine Kressmann Taylor, écrit sous le pseudonyme de Kressmann Taylor, publié pour la première fois dans sa version intégrale dans Story Magazine en 1938 aux États-Unis, soit un an avant que n’éclate la Seconde Guerre mondiale.
Il prend la forme d'une correspondance épistolaire fictive étalée du 12 novembre 1932 au 3 mars 1934 entre deux amis, Martin Schulse, 40 ans, marié et père de 4 garçons, et Max Eisenstein, 40 ans, célibataire, associés de longue date dans une affaire prospère de commerce de tableaux à San Francisco, "La galerie Schulse-Eisenstein." Martin est allemand, Max est un Américain d'origine juive. Au début des années 1930, Martin décide de retourner au pays. Les premières lettres sont banales et traitent d'affaires, de la sœur de Max, Griselle, comédienne certaine de faire carrière en Allemagne. Max s'inquiète toutefois à propos de la montée d'Adolf Hitler « qui semble en voie d’accéder au pouvoir en Allemagne » et dont ce qu'il lit sur son compte l'inquiète. Martin, « esprit libéral » et « cœur chaleureux », s'interroge lui aussi: « Franchement, Max, je crois qu’à nombre d’égards, Hitler est bon pour l’Allemagne, mais je n’en suis pas sûr; […] il possède une force que seul peut avoir un grand orateur doublé d’un fanatique. Mais je m’interroge : est-il complètement sain d’esprit ? » Toutefois, à mesure que Max s'inquiète, Martin adhère à l'esprit allemand, obtient une position de plus en plus privilégiée et finalement, le 9 juillet 1933, « Nous devons présentement cesser de nous écrire. Il devient impossible pour moi de correspondre avec un Juif ; et ce le serait même si je n’avais pas une position officielle à défendre […]. La race juive est une plaie ouverte pour toute nation qui lui a donné refuge. Je n’ai jamais haï les Juifs en tant qu’individus –toi, par exemple, je t’ai toujours considéré comme mon ami-, mais sache que je parle en toute honnêteté quand j’ajoute que je t’ai sincèrement aimé non à cause de ta race, mais malgré elle. » Max insiste cependant, non pour tenter de raisonner Martin, mais parce qu'il est sans nouvelles de sa sœur. Les lettres qu'il lui envoie reviennent avec la mention Inconnu à cette adresse, et il ne peut obtenir aucune autre précision. Max insiste, arguant de la liaison que Martin aurait eu autrefois avec Griselle. Finalement, Martin lui apprend que sa sœur a été tuée, après avoir « stupidement » tenté de se réfugier chez lui. Le rythme et le ton des lettres change considérablement: Max est extrêmement cordial. Au cours d'une unique lettre, Martin le supplie d'arrêter ce qu'il est en train de faire, à savoir de présenter les deux hommes comme en affaire à un moment où cela est visiblement interdit. La vengeance de Max s'accomplit cependant, lorsqu'une lettre postée à Martin lui revient, avec la mention "Inconnu à cette adresse".
"Matin brun"
par Franck Pavloff
Charlie et son copain vivent une époque trouble, celle de la montée d'un régime politique extrême : l'Etat Brun. Dans la vie, ils vont d'une façon bien ordinaire : entre bière et belote. Ni des héros, ni de purs salauds. Simplement, pour éviter les ennuis, ils détournent les yeux. Sait-on assez où risquent de nous mener collectivement les petites lâchetés de chacun d'entre nous ?
Texte recopié de la 4ème de couverture
Post-Scriptum commentaire de Verveine citron http://monjardinamoi.canalblog.com sur une page de MyoSottises http://tatinic.typepad.fr/myosottises/ du 24 mai dernier intitulée: « le fascisme par l'absurde » "...Je finis mon programme d'histoire de CM2 par la seconde guerre mondiale et à cette occasion, je fais travailler en littérature « Matin Brun » Une fois de plus, c'est par l'éducation des jeunes générations que passera notre salut... Malheureusement, ce n'est pas toujours facile et, il y a deux ans, j'ai été violemment prise à partie par une maman d'élève qui disait que j'allais traumatiser les enfants, que tout cela n'était pas vrai... Heureusement, j'ai été soutenue par mon inspecteur qui lui a montré les programmes"

vendredi 18 juillet 2008

Traces d'ombres - Documents

Il y a eu ceux et celles qui ont constitué "le peuple de l'ombre" et ceux et celles qui, comme Robert Desnos, à la même période, sont devenues des ombres.
Consacrés à ces années, trois documents m'ont bouleversée: "Shoah", "Maus" et "Si c'est un homme"
Il y a d'abord eu le documentaire fleuve, "Shoah" de Claude Lanzmann, sorti en 1985.
Je l'ai vu, et même revu malgré sa diffusion à des heures souvent tardives. Sans doute à cause de cela, il me reste peu d'images en tête, souvent marquées par l'immense décalage entre la violence des paroles et le contexte où elles sont dites.
Ainsi cet homme qui, assis au soleil avec en arrière plan l'image paisible du lac Léman, raconte comment, moins d'une heure après être arrivé au camp avec sa jeune femme et son bébé de trois semaines qui avaient survécu à plusieurs jours d'un voyage éprouvant , ses compagnons lui avaient fait comprendre ce qu'il était advenu de sa famille en montrant la fumée qui sortait des cheminées.
Ou encore ce coiffeur de Tel-Aviv qui coupe tranquillement les cheveux d'un client, avant de ralentir ses gestes de plus en plus au fur et à mesure qu'il avance dans son récit et que l'émotion le submerge.
Ou enfin ce diplomate autrefois en poste à Varsovie, et qui avait été invité par des Juifs à visiter le ghetto avant qu'il ne soit évacué. Il doit s'y reprendre à deux fois puisqu'il craque et fuit la caméra, avant de pouvoir finir par raconter ce qu'il a vu, ce dont il a témoigné auprès des Alliés ... et qui n'a alors servi à rien.
Toutes aussi bouleversantes sont les petites souris auxquelles a recouru Art Spigelman, dessinateur underground dont je n'aime pas le graphisme habituel, pour raconter l'histoire de ses parents.
Les deux volumes de "Maus" ont été publiés en 1987 et 1992. Pour l'auteur, ce fut une sorte de thérapie vis-à-vis de sa famille, lui l'enfant né après la guerre et dont le frère aîné avait été empoisonné, comme d'autres jeunes enfants, par une de ses tantes afin qu'il échappe aux souffrances du voyage et de ce qui compte tenu de son jeune âge aurait été sa dernière destination: la chambre à gaz.
Des traits ronds et doux, avec assez peu de grisés, pour une histoire de la survie très noire racontée au quotidien dans un monde nazi. Survivre tient parfois à si peu de choses, comme par exemple avoir pu dénicher ce qui fera office de ceinture et laissera les deux mains libres pour ne pas perdre une seule goutte de ce qui fait office de soupe...
De l'importance de savoir d'organiser et du poids du hasard, tels sont aussi les deux leçons qui ressortent du livre de Primo Lévi: "si c'est un homme".
Avec aussi quelques constats terribles: par exemple que certains ont pu être d'une certaine manière heureux en tirant profit de leur faible degré d'humanité durant leur passage dans les camps. Avec aussi Mais quelques rares lueurs d'espoir comme trouver quelqu'un qui, parce qu'il a envie d'apprendre l'italien, vous oblige à ne plus être ce qu'on voudrait que vous devienniez, un "Undermensch" , tout simplement parce que soudain vous vous rappelez de phrases entières de "l'Enfer" de Dante.
Maintenant de tels témoignages sont entendus, mais en 1947 le livre de Primo Levi ne fut tiré qu'à 2 500 exemplaires, avant de commencer réellement à être connu dans les années 60. ..
Ne pas oublier, tel est le message contenu dans une poésie cité par Primo Levi en exergue de son livre:
Vous qui vivez en toute quiétude Bien au chaud dans vos maisons, Vous qui trouvez le soir en rentrant La table mise et des visages amis, Considérez si c'est un homme Que celui qui peine dans la boue, Qui ne connaît pas de repos, Qui se bat pour un quignon de pain, Qui meurt pour un oui pour un non. Considérez si c'est une femme Que celle qui a perdu son nom et ses cheveux Et jusqu'à la force de se souvenir, Les yeux vides et le sein froid Comme une grenouille en hiver. N'oubliez pas que cela fut, Non, ne l'oubliez pas ...

jeudi 17 juillet 2008

L'armée des ombres

Ce film, il y a bien longtemps que je l'ai vu puisque je n'en gardais qu'un souvenir en noir et blanc. Or, je viens de m'apercevoir qu'il est en couleurs. La dernière fois que je l'ai vu je devais donc encore vivre chez mes parents... il y a au moins 26 ans de cela.
Et pourtant que de souvenirs ne m'a t il pas laissés. Il y a les très grands acteurs/personnages mentionnés à l'affiche:
Lino Ventura
/Paul Gerbier
Paul Crauchet
/Félix Lepercq
Christian Barbier/"Le Bison" et Mathilde jouée par Simone Signoret
Et tous les autres... qui illustrent ce qu'a pu être la résistance au quotidien. Un quotidien fait de risques et de doutes, non sur le pourquoi de l'engagement mais sur l'autre que l'on côtoie: qui est il réellement et peut-on ou non lui faire confiance. Au point que les deux frères Jardie peuvent ignorer faire partie d'un même réseau (Paul Meurisse et Jean-Pierre Cassel)
Et cela on le comprend très vite lorsque Gerbier qui a réussi à s'enfuir de la Gestapo où il allait être interrogé se réfugie chez un coiffeur (Serge Reggiani), a priori pétainiste, qui a très bien saisi ce qui se passait mais qui, sans mot dire, le rase, avant d'aller au sous-sol, non pas téléphoner à la police comme le craint Gerbier, mais prendre un autre manteau et de le lui donner afin qu'il puisse continuer sa fuite.
Il y a aussi cette scène éprouvante où les résistants qui on enlevé un jeune homme qui a trahi Gerbier vont l'exécuter en l'étranglant lentement, parce juste à côté de la maison isolée qu'ils avaient repérée la veille, vit une famille que les coups de feu alerterait.
Aparavant, "Le Masque", qui est nouveau dans le réseau et croit qu'un procès en bonne et due forme sera fait avant l'exécution, craque. Gerbier lui conseille d'avoir toujours du cyanure sur lui, avant de reconnaître, après l'exécution, que, pour lui aussi, c'était la première fois.
Le doute... Le doute empoisonne leurs vies au point de faire hésiter "le Bison" à exécuter Mathilde, pilier du réseau, mais qui a eu la faiblesse de garder une photo de sa fille. Ainsi, libérée sans avoir été torturée par la gestapo, s'apprête-t-elle réellement à trahir tout le réseau ou n'a-t-elle donné que quelques noms afin de les inciter à l'éliminer? On ne le saura pas. Mais il y aura ce long regard de Mathilde avant qu'elle ne soit tuée à bout portant, en ayant eu auparavant l'occasion de reconnaître ceux qui l'abattent.
Et Jean-Pierre Melville clôt son film, inspiré d'un livre que Joseph Kessel écrivit durant la deuxième guerre mondiale, à une époque où l'on ignorait comment elle se terminerait, en précisant, ce qu'il est advenu des autres protagonistes de l'ombre:
« Claude Ullmann, dit « Le Masque », eut le temps d'avaler sa pilule de cyanure, le 8 novembre 1943, Guillaume Vermersch, dit « Le Bison », fut décapité à la hache dans une prison allemande le 16 décembre 1943. Luc Jardie mourut sous la torture le 22 janvier 1944 après avoir livré un nom : le sien... Et le 13 février 1944, Philippe Gerbier décida, cette fois-là, de ne pas courir. »
Post-Scriptum
Au moment où le journal « Le monde » publie des articles sur « la mémoire » (le siège de son implantation dans le cerveau, ses modalités de fonctionnement...) sans le vouloir j'ai contribué à la question avec la confrontation des versions différentes de plusieurs personnes au sujet d'une question technique autour de ce film: - noir et blanc colorisé pour Ganesh (http://stephane-k.info/bloganesh/) et Verveinecitron (http://monjardinamoi.canalblog.com) - couleur pour Robert
Entretemps j'avais trouvé confirmation de la réponse de Robert dans l'article de Wikipedia au niveau de la fiche technique: Format : Couleur par Eastmancolor - 1.85:1 - Mais la petite cinéphile que je reste ne peux s'empêcher de rappeler le commentaire de Robert parce qu'il illustre bien la différence de travailler entre certains grands réalisateurs et d'autres que j'aurai la courtoisie de ne pas qualifier « Le film est bien en couleurs, mais ces couleurs sont peu saturées, presque délavées, procédé souhaité par Melville et appliqué dans d'autres films, tel "Le Samouraï" et dans une moindre mesure "Le cercle rouge" »

mercredi 16 juillet 2008

Le dernier poème

A la fin de "l'aventure de Mrs Muir" celle-ci partait rejoindre à jamais son capitaine, dans le monde des ombres... et l'histoire finissait sur une sorte de happy end mélancolique.
D'autres histoires finissent de manière beaucoup plus sombre. Ainsi celle qui lia Robert Desnos
et
Youki
(laquelle avant de partager la vie du poète avait été le modèle et la femme du peintre Foujita)
Le 22 février 1945, Robert Desnos, qui avait choisi de s'engager dans la résistance, prévenu que la Gestapo allait venir l'arrêter fit le choix de ne pas s'enfuir afin d'éviter que Youki ne soit arrêtée et torturée.
Déporté, il meurt, le 8 juin 1945, un mois donc après la capitulation de l'armée allemande, victime du typhus dans un des camps de concentration installés en Tchécoslovaquie. Il laisse derrière lui, conservé par deux jeunes tchèques venus aider après la libération des camp, ce que l'on appellera:

Le dernier poème
J’ai rêvé tellement fort de toi,
J’ai tellement marché, tellement parlé,
Tellement aimé ton ombre,
Qu’il ne me reste plus rien de toi. Il me reste d’être l’ombre parmi les ombres D’être cent fois plus ombre que l’ombre D’être l’ombre qui viendra et reviendra
Dans ta vie ensoleillée
Ce texte, je l'avais découvert adolescente, au sein d'une anthologie de la poésie française, sans pouvoir ensuite le retrouver. Ce n'est qu'à l'âge adulte que j'ai compris à quel point il était encore plus bouleversant que dans mes souvenirs car non seulement c'est un sublime et ultime message d'amour, mais aussi parce que le poète se compare à une ombre.
Une ombre... Terme prémonitoire que l'on utilisera ensuite pour parler de ceux qui sont revenus, et ceux, encore plus nombreux, qui ont disparu, dans "nuit et brouillard"
Mais l'histoire de ce poème ne s'arrête pas.
Pendant longtemps j'avais cru que ce poème était effectivement l'ultime poème dicté par Robert Desnos et dédié à sa dernière compagne. Comme beaucoup, et Youki en premier lieu, je n'avais cependant pas été sans remarquer qu'il présentait de fortes similitudes avec un autre poème de Desnos, intitulé "j'ai tant rêvé de toi" http://www.frmusique.ru/texts/d/desnos_robert/jaitantrevedetoi.htm dédié en 1926 "à la mystérieuse", (en réalité la chanteuse Yvonne Georges) et qui figurait dans le recueil "corps et biens" paru en 1930, donc avant qu'il ne partage la vie de Youki.
A-t-il effectivement dicté ce poème ou recopié un extrait du dernier paragraphe de cet ancien poème lequel sera traduit de français en tchèque avant d''être retraduit en français, ce qui modifiera un peu le texte original?
Qu'importe après tout, l'essentiel est dit de ce lien qui relie bien au delà de la mort.