vendredi 4 septembre 2009

... gardienne de la mémoire.

C'est peut-être ce qui m'a le plus étonné d'elle, ce côté "gardienne de la mémoire".

Il a fallu un livre, emprunté en bibliothèque (je ne me souviens ni du titre ni de l'auteur) pour que je découvre l'histoire étonnante de cet appartement parisien où ils ont vécu. Bien que n'y vivant plus elle même, elle l'avait conservé pendant près de 50 ans dans l'état exact où il était lorsque le poète est décédé le 9 novembre 1918, elle qui avait partagé si peu de temps de sa vie et que des générations d'hommes et de femmes ont oubliée pour ne se souvenir que d'Annie, de Marie ou de Lou(ise).

De mémoire, l'auteur était une jeune femme d'origine polonaise à qui Mme Jacqueline Apollinaire, déjà très âgée, avait donné rendez-vous dans les années 60 afin de lui faire visiter cette sorte de "musée". Je me souviens notamment du détail de quelques allumettes usagées qui avaient été laissées sur une petite table où il les avaient déposés après avoir allumé sa pipe... En visitant un tel lieu, comment ne pas imaginer qu'il s'était juste absenté quelques minutes et que soudain on allait le voir apparaître dans l'embrasure de la porte, ou lisant à moitié allongé sur ce grand lit en dessous du tableau peint par Marie Laurencin.

Des années plus tard (peut-être vers 1995) j'ai longuement remonté le boulevard St Germain jusqu'au 202. Je n'ai pas osé faire quoi que ce soit de plus mis à part regarder la façade où se trouvait un café et chercher du regard comment on pouvait accéder aux étages. Et puis je suis repartie.

Oser faire plus aurait signifié dépasser ma timidité et surtout prendre le risque d'être confrontée à la réalité, dont j'ai eu confirmation via des recherches sur le net: une fois Jacqueline décédée, en 1967, il n'a pas été possible de conserver le "musée" en l'état et l'appartement a été rénové, peut-être même vendu.

Aujourd'hui je préfère rester avec mon rêve, celui de retrouver ce livre et pouvoir, sur les pas de l'auteur, passer de pièce en pièce en imaginant entendre le pas lourd de Guillaume Apollinaire, sentir l'odeur de sa pipe se mélanger à l'odeur d'un petit plat mijoté par sa femme (qui semble t-il cuisinait fort bien) avant qu'il ne répète une nouvelle fois ces quelques vers du "pont Mirabeau" tels qu'on l'entend les prononcer dans le petit enregistrement qui suit.

http://www.wiu.edu/Apollinaire/Apollinaire_dit.htm

7 commentaires:

verveinecitron a dit…

Jolie histoire.
Je sis toujours impressionnée (et intéressée!) par ton érudition @nn@.

myosotis a dit…

Très joliment raconté, comme toujours. Cet été, j'ai visité la fondation Gianadda en Suisse et il y avait le tableau du douanier Rousseau représentant Apollinaire et Marie de Laurencin, sa muse. Et toi, d'où tiens-tu la photo de l'appartement-musée ?

caphadock a dit…

Il m'est arrivé plusieurs fois en balade à Paris d'aller sur le pont Mirabeau voir couler la Seine et penser à Marie en revenant le long de la Seine mais sans livre ancien sous le bras.
Mais cet appartement peut on le visiter ?

@nn@ a dit…

* Jolie histoire, je veux bien verveinecitron, mais "érudition" c'est un mot excessif pour quelqu'un qui se contente de broder autour d'un souvenir, d'une impression grâce à des informations trouvées sur le net.

* Oui je me rappelle très bien myosotis que tu avais parlé de ce musée lorsque tu avais raconté ta semaine annuelle suisse.
La photo a été trouvée sur le net. Et ta question m'a poussé à renouveler ma requête pour situer le site dont elle provenait
http://soleildanslatete.centerblog.net/
(rubrique Apollinaire)... qui lui même la tient de je ne sais où.
Du coup j'en ai trouvé une autre que je vais peut-être rajouter.

* Savez-vous caphadock que certains voudraient que le pont "Mirabeau" soit rebaptisé pont "Guillaume Apollinaire"?
Pour l'appartement, il est certain qu'il a été "rénové" et derrière cette expression, je crains fort qu'il ne faille comprendre vidé et complètement refait.
Il aurait fallu oser monter au dernière étage, ou se renseigner auprès de la co-propriété de l'immeuble, mais je préfère rêver que d'avoir la confirmation qu'il n'existe plus en l'état.

arletteart a dit…

Ah!! Marie Laurencin !!!
Bravo pour ce reportage, suis souvent passée devant le 202 Le ministère de lEquipement étant au 244.... souvenir souvenir
et début Octobre j'aurai une pensée et même une photo à capter pour cette histoire qui me revient petit à petit par vos commentaires
"Faut -il que je m'en souvienne"....

Marwan a dit…

J'ai du passer des dizaines de fois devant cet immeuble, sans même me douter qu'il abrita Guillaume Apollinaire.
Et ce ne sont pas les plaques qui sont d'une grande aide car elles sont si nombreuses qu'on finit par ne plus les voir. :-/

@nn@ a dit…

Arlette, Marwan, via Goggle maps on peut désormais visualiser (mais pas enregistrer) l'image du 202 bd St Germain.
Ce qu'il y a d'amusant c'est que le 202 fait un angle avec la rue ... St Guillaume
Moins amusant, visualiser la rue a été l'occasion de rectifier une double erreur:
1°) il n'y a pas d'église juste à côté :-/
2°) et si Jacqueline et Guillaume se sont mariés civilement à la mairie du VIIème la cérémonie religieuse a eu lieu non à l'église St Germain :-/ comme je l'avais jusqu'alors écrit mais à St Thomas d'Acquin

Au fait Marwan, il y a effectivement une plaque. On la voit sans pouvoir en lire vraiment le contenu quand on se place juste en face du 202.
Et effectivement, parmi les centaines de plaques apposées dans Paris, bien difficile de la remarquer.