dimanche 9 octobre 2011

"sur ma mère" de Tahar Ben Jelloun (1)

Ce livre est resté quasiment 4 ans sur les rayonnages de ma bibliothèque en compagnie d'un autre qui attend désormais d'être lui aussi lu: "La voyageuse de nuit" de Françoise Chandernagor. Tous deux abordent une thématique proche: celui du grand âge des parents qui altère leurs capacités, notre relation à eux... l'image que nous avons d'eux. Avec des images de fin de vie qu'il faudrait bien souvent oublier car elles ne correspondent pas à ce qu'ils étaient en réalité.

Je ne sais pas ce que vaudra le roman de Mme Chandernagor. Celui de M. Ben Jelloun est quant à lui très dur, mais avant très beau.
Je dois cependant reconnaître que j'ai eu un peu de mal à y "rentrer". Un peu finalement comme tous ces proches d'une personne atteinte de la pathologie d'Alzheimer et qui refusent de croire que leur père ou mère en est atteint. Mais il y a là tous ces petits signes qui, jour après jour vont en s'amplifiant jusqu'à ce qu'ils soient devenus insupportables au point que certains "aidants", quand ils ne profitent pas de la situation (comme Keltoum), préfèrent fuir (comme la soeur aînée de l'auteur qui multiplie les voyages à La Mecque, le seul lieu où elle se sente "bien") d'une façon ou d'une autre.

Après avoir raconté quelques pans jusque là ignorés de la vie de sa mère et que la maladie a permis de mettre à jour parce qu'elle privilégie l'émergence de la mémoire la plus ancienne, Tahar Ben Jelloun n'esquive rien de ce qu'entraîne la vieillesse en général et cette maladie là en particulier.
Il retrace particulièrement les vagabondages de sa mère entre passé (Fès) et présent (Tanger), l'intrusion des morts (ses trois maris et bien d'autres personnes) qui viennent régulièrement lui rendre visite sans qu'elle ne s'en effraie... Et c'est plus d'une fois poignant.
J'ai eu bien du mal à retenir mes larmes à la lecture d'un court passage où Tahar Ben Jelloun raconte comment il nourrit sa mère à la petite cuillère, comme une petite fille.

Qu'en retenir une fois les 250 pages lues?
Que c'est certes un témoignage sur ce que fût cette femme dans les années 40, sur la manière dont la maladie d'Alzheimer grignote l'esprit encore plus que le corps et use les proches. Mais avant toute chose un très beau chant d'amour filial qu'il est parfois un peu difficile aux occidentaux de comprendre, sauf si on s'imprègne de certains passages qui feront l'objet d'un billet spécifique.

En attendant ces extraits, voici quelques lignes qui figurent dans la dernière page du livre:

"Je ne sais plus si c'est le chagrin ou le vent qui soulève la poussière des souvenirs et les trempe dans l'amertume. Un sillon douloureux est creusé dans la mémoire et dans le coeur"

2 commentaires:

cailloublanc a dit…

Je lis les billets avec retard en fin de semaine... Complètement débordée... merci pour ces beaux billets ... je crosi que maintenant je peux à nouveau lire des livres sur la maladie... Belle nuit, voyageuse nocturne!

@nn@ a dit…

Ce n'est effectivement pas facile Cailloublanc de lire, même des ouvrages de fiction (ce qui n'était en plus pas là le cas), lorsqu'on a eu un proche concerné.

Je crains le moment où je replongerai dans "la voyageuse de nuit" de F. Chandernagor car je sais qu'elle y parle de la mort de la mère dans une unité de soins palliatifs, ce qui risque fort de réveiller des souvenirs