vendredi 18 novembre 2011

"la place" de Annie Ernaux

Cela fait 27 ans que ce livre a reçu le prix Renaudot et au moins 7 ou 8 ans qu'il figurait dans la bibliothèque des enfants qui avaient du le lire au lycée. "... avaient du..." Est ce pour cela que le seul qui m'en ait reparlé avait indiqué ne pas l'avoir aimé du tout?... et que j'en ai encore plus différé la lecture, d'autant plus que je croyais que la place du titre était une place avec des arbres, des bancs... alors qu'il s'agit de tout autre chose qui renvoie à Pierre Bourdieu.

J'ai finalement bien aimé ce très court (102 pages!) livre où Annie Ernaux parle de son père et où j'ai retrouvé bien des choses communes avec la vie de mes parents, notamment celle de ma mère, née 25 ans après le père de l'auteure:
- naissance dans un milieu rural
- fin des études juste après la classe de certificat d'études
- placement à 12 ans, pour elle comme "bonne à tout faire" chez "ceux de la haute" où elle appris, dès le premier soir qu'on ne disait pas au moment du repas: "à table" mais qu'il fallait se tenir droite, mettre les deux mains derrière le dos et dire "Madame est servie"
- mariage quelques années plus tard avec celui avec qui elle partageait le même rêve: acquérir une maison, première étape d'un objectif plus ambitieux, celui de laisser du bien à chacun de leurs enfants... pour qu'ils puissent aller plus loin qu'eux.

Une vie où l'on retrouve des habitudes similaires (la tenue du dimanche, la "blouse " qui protège les vêtements de "tous les jours"...) et des "tics de langage" proches. Et puis cette crainte de ne pas être à sa place et de se faire remarquer, par exemple lors des réunions de parents d'élèves où il était d'usage de boire du thé alors qu'ils avaient l'habitude du café/chicoré. Alors, bien que née 18 ans après Annie Ernaux, je me suis retrouvée dans ce qu'elle décrit lorsqu'il a fallu qu'elle passe du monde de ses parents (anciens travailleurs manuels devenus petits commerçants) à celui des personnes qui "font des études".
Et parce que j'ai bien aimé aussi sa manière d'écrire, un peu sèche, il est probable que je lirai d'autres livres d'elle.

2 commentaires:

verveine a dit…

Alors je te conseille vivement Les années où elle balaie ce que fut la France (sa France) depuis sa naissance jusqu'à aujourd'hui. Elle y mêle aussi le récit de sa vie de façon très pudique, ainsi que la découverte vers 10 ans d'une soeur aînée décédée avant sa naissance et que ses parents lui avait caché. Un roman autobiographique très fort.

@nn@ a dit…

La "petite" soeur morte de la diphtérie dont il est question dans "la place", sans que, si ma mémoire est bonne, son prénom ne soit citée à un seul moment.
Je retiens l'idée Verveine pour un prochain achat même si j'ai encore plein de livres à lire :-(