lundi 8 septembre 2008

de Aragon à Eluard

La vision qu'avait Charles Baudelaire de son chat m'a fait me rappeler cette chanson de Jean Ferrat (qui a été semble-t-il reprise par les Enfoirés): "Aimer à perdre la raison". Car si Baudelaire commençait par une vision très sensuelle de son chat, il concluait avec le côté potentiellement dangereux de ce dernier lorsqu'il évoquait la femme aimée et parlait du regard qui "... coupe et fend comme un dard" et d'un air subtil, d'un dangereux parfum qui nagent autour du corps brun.

Et pourtant que cette chanson de Jean Ferrat, dont il est bien difficile de retrouver le texte du poème original, et même son emplacement exact dans l'oeuvre de Louis Aragon (a priori dans "Le fou d'Elsa" chapitre: chants du Medjnoûn) semble belle.

http://www.youtube.com/watch?v=TdRZL_Q3ujs

Belle mais triste car la relisant une fois de plus je m'aperçois que si je peux accepter que via l'Autre on puisse appréhender la douleur du monde:

La faim, la fatigue et le froid Toutes les misères du monde C'est par mon amour que j'y crois

il semble difficile de pouvoir accepter que l'espace et le temps ne se mesurent que via cet Autre :

A n'avoir que toi d'horizon Et ne connaître de saisons Que par la douleur du partir

alors qu'ils devraient au contraire s'ouvrir, un peu comme le suggèrent ces vers de Paul Eluard tirés du recueil "le temps déborde" "

Nous n'irons pas au but, un par un, mais deux . Nous connaissant par deux, nous nous connaîtrons tous. Nous nous aimerons tous et nos enfants riront De la légende noire où pleure un solitaire."

4 commentaires:

arlette a dit…

Cela me revient en mémoire ...
après avoir reentendu Ferrat -Aragon
"Celui qui se perd dans sa passion a moins perdu que celui qui a perdu sa passion "
St Augustin !!!! et pourtant...........
Pensées à vous
AA

arlette a dit…

@nn@
La passion est pourtant dévastatrice , que celui qui ne la jamais éprouvée ...jette la première pierre
Je crois qu'il va sortir un film : "La belle personne" d'après la Princesse de Clèves
les articles paraissent bons ...
peut-être loin de la passion Je ne sais, loin aussi de nos grands poètes à suivre

@nn@ L. a dit…

Entre raison et passion mon coeur hésite Arlette.
Notre vie serait tellement plus sereine si elle n'était guidée que par la raison.
Mais que serait la création s'il n'y avait la passion?
Sauf que la passion, ainsi que vous le faites remarquer, peut-aussi être synonyme de destruction.

La sagesse est peut-être quelque part entre ces deux extrèmes

Anonyme a dit…

Le poème d'Aragon "La croix pour l'ombre", ayant été amputé de ces trois premières strophes dans la chanson, perd une bonne partie de son sens, sens que le titre et le recueil dans lequel il est inséré évoque : l'amour qui fait perdre la raison n'est pas l'amour( Aragon dira " Le malheur d'aimer" )!

Les gens heureux n’ont pas d’histoire
C’est du moins ce que l’on prétend
Le blé que l’on jette au blutoir
Les boeufs qu’on mène à l’abattoir
Ne peuvent pas en dire autant
Les gens heureux n’ont pas d’histoire

C’est le bonheur des meurtriers
Que les morts jamais ne dérangent
Il y a fort à parier
Qu’on ne les entend pas crier
Ils dorment en riant aux anges
C’est le bonheur des meurtriers

Amour est bonheur d’autre sorte
Il tremble l’hiver et l’été
Toujours la main dans une porte
Le coeur comme une feuille morte
Et les lèvres ensanglantées
Amour est bonheur d’autre sorte.

(Le premier vers est repris à la fin
Jean Ferrat a adapté ce poème au moment du "Peace and love" des années 70. Ceci expliquant sans doute cela...