samedi 19 septembre 2009

La mort en direct...

... c'est la petite fille noire que guette un vautour, une petite fille qui n'aura jamais de nom mais qui fait ressurgir cette autre petite fille dont la photo était aussi présente à l'exposition "controverses" de la BnF: Omayra Sanchez dont la lente agonie a été filmée par un cameraman espagnol mais aussi photographiée par Frank Fournier (qui sera récompensé en 1986 pour ses clichés par le prix World Press Photo).

Ce débat sur la frontière entre information et voyeurisme ressurgit régulièrement à l'occasion notamment de la diffusion de documentaires ou de photos autour de la fin de vie de certaines personnes, connues ou dont le nom est oublié, que ce soit de maladie (Hervé Guibert filmant la progression du SIDA, cet homme qui voulait laisser une trace des ravages provoqués par un cancer du poumon chez le fumeur, cette femme choisissant le moment de sa mort par injection d'un cocktail létal...) ou de façon violente (l'exécution de Saddam Hussein).

Autant qu'il m'en souvienne, ce débat avait commencé au moins en 1980 lorsqu'était sorti le film de Bertrand Tavernier: "la mort en direct" dont voici le synopsis: "Dans un futur proche où la science a réussi à vaincre les plus grandes maladies, une romancière à succès, apprend qu'elle est atteinte d'une maladie incurable et qu'il ne lui reste plus que quelques semaines à vivre. Elle est contactée par une chaîne de télévision qui souhaite la filmer pour son émission "La Mort en direct". Refusant l'offre, elle sera filmée à son insu par un cameraman, grâce à une caméra implantée dans son cerveau."
Quand la jeune femme meurt, sa mort ne sera pas filmée car le caméraman chez qui deux minuscules caméras ont été greffées à l'intérieur des yeux (et qui est de ce fait condamné à ne pas pouvoir fermer ceux-ci plus de quelques secondes) choisira de devenir aveugle en le faisant malgré tout"
.

Pour ce qui est de la réalité et de Omayra, la focalisation sur sa mort a occulté une partie de l'ampleur de la catastrophe qui a fait plus de 27 000 morts dont plus de 8 000 autres enfants. Mais à l'époque elle a aussi accéléré la mise en place de la solidarité mondiale, qui est cependant arrivée trop tard pour Omayra.

Information/voyeurisme... en admettant que même que celui qui garde trace de l'évènement et celui qui le regarde ensuite soient au clair avec les notions d'éthique, le débat n'est pas prêt d'être clos.

2 commentaires:

verveinecitron a dit…

En revanche, je me souviens très bien de cette petite fille, étant moi-même encore enfant à l'époque.
Je n'ai jamais compris qu'on n'ait pas réussi à la sauver. je ne comprends toujours pas d'ailleurs...

@nn@ a dit…

J'étais une jeune adulte sans enfant mais déjà à l'époque j'avais trouvé très "obscène" de montrer le calvaire de cette enfant, tout comme je suis révoltée de voir la douleur des proches montrée en cas de catastrophe.

Pour Omeyra, on dit maintenant qu'elle aurait pu être sauvée si l'aide internationale s'était mobilisée plus vite... mais aussi que sa mort a occulté celle de tous les autres