vendredi 18 septembre 2009

la petite fille, le photographe et la mort

Dans la lignée de "...ne pas oublier et se souvenir..." avec en plus l'idée de ne pas rester simplement observateur et désespérer de l'homme mais d'agir et de faire quelque chose, même si c'est peu, pour éviter que ça ne se reproduise.

En effet, en voyant cette nuit sur un site la photo d'une petite fille morte durant la Shoah, il m'est revenu en mémoire cette autre photo dont on a beaucoup parlé lorsqu'elle a été publiée dans la presse. C'était l'une de ces images qui faisaient partie de l'exposition "controverses" qui a eu lieu au printemps dernier à la BnF.
Juste après quelques explications à son sujet.

Cette photographie, prise durant la famine au Soudan en 1993 , a gagné le prix Pulitzer en 1994. Elle montre une enfant blessée, à bout de forces , mourant de faim, rampant vers un camp de nourriture de l’ONU, situé à un kilomètre de distance. Le vautour , affamé lui aussi , attend que l’enfant meure pour la manger. Cette photographie a bouleversé le monde entier à cette époque là puis tout le monde ou presque l’a oubliée. Personne ne sait ce qui est arrivé à l’enfant, pas même le photographe Kevin Carter qui a quitté rapidement l’endroit après la prise du cliché.

A propos de ce cliché Carter a déclaré : « A environ 300 mètres du centre [d'Ayod] j’ai croisé une toute petite fille au bord de l’inanition qui tentait d’atteindre le centre d’alimentation. Elle était si faible qu’elle ne pouvait faire plus d’un ou deux pas à la fois, retombant régulièrement sur son derrière, cherchant désespérément à se protéger du soleil brûlant en se couvrant la tête de ses mains squelettiques. Puis elle se remettait péniblement sur ses pieds pour une nouvelle tentative, gémissant doucement de sa petite voix aiguë. Bouleversé, je me retranchai une fois de plus derrière la mécanique de mon travail, photographiant ses mouvements douloureux. Soudain la petite bascula en avant, son visage plaqué dans la poussière. Mon champ de vision étant limité à celui de mon téléobjectif, je n’ai pas tout de suite remarqué le vol des vautours qui se rapprochaient, jusqu’à ce que l’un d’eux se pose, apparaissant dans mon viseur. J’ai déclenché, puis j’ai chassé l’oiseau d’un coup de pied. Un cri montait en moi. J’avais dû parcourir 1 ou 2 kilomètres depuis le village avant de m’écrouler en larmes. »

Trois mois après l’obtention du Prix Pulitzer Kevin Carter, dépressif, ne pouvant plus supporter le monde et toutes les horreurs qu’il a photographié et auxquelles il a assisté mettait fin à ces jours en laissant ce message :“depressed... without...phone... money for rent... money for child support... money for debts... money!!!... I am haunted by the vivid memories of killings & corpses & anger & pain ... of starving or wounded children, of trigger-happy madmen, often police, of killer executioners ...“

5 commentaires:

verveinecitron a dit…

Je ne me souviens pas de cette photo, à l'époque j'étais "enfermée" dans ma prépa coupée de tout.
sans commentaire...

Marwan a dit…

Je me demande si le cameraman qui avait filmé l'agonie d'Omeyra piégée par une coulée de boue, en 1985, a eu autant d'états d'âme que ce photographe?

Autant cette image est terrible mais conserve une certaine pudeur parce qu'elle est figée et ne fait que suggérer la mort, autant le film de la mort de la petite colombienne me donna le sentiment de n'être que du pur voyeurisme; de satisfaire ce besoin de voir un être rendre son dernier souffle... Et pas seulement d'imaginer son sort tragique...

marie a dit…

je suis completement d accord avec Marwan . Tu vois sur un autre com Caphadok disait que prier ne sert a rien . Quand onne peut rien faire d autre il reste çà tout de même . Mon époux est cameraman et pompier il est habitué a voir la mort de personnes quand à la filmer ..non !

bise

arletteart a dit…

Il y avait , dans un autre temps!!!pas si lointain d'ailleurs dans les écoles de journalisme et de photographie une certaine "Ethique "
Sans commentaire

@nn@ a dit…

* Il y a verveinecitron ceux qui "ratent" certaines choses parce leur vie à ce moment-là les oblige à se concentrer sur autre chose et puis il y a les autres: ceux qui seront toujours aveugles et qui ne valent guère mieux que les "voyeurs" qui ne se posent pas la moindre question.

* 20 ans après les faits, Marwan, le caméraman espagnol dont le nom reste inconnu du grand public (contrairement à celui du photographe) est retourné sur les lieux. N'ayant pas visualisé le documentaire, je suis incapable de savoir comment avec le recul il raconte ce qui s'est passé.

* Marie, dans le billet d'aujourd'hui, il y a plusieurs références notamment à des documentaires relatifs à des personnes en fin de vie qui ont voulu que celle-ci soit filmée, souvent à des fins de transmission (je pense à ce fumeur qui n'avait jamais réussi à arrêté de fumer mais voulait monter les ravages que cela implique). Là encore doit-on diffuser?

* Exact Arlette, avec le photographe il y a la notion d'éthique... qu'oublient bien souvent certains présentateurs mais aussi et surtout spectateurs/voyeurs, notamment ceux qui sont avides de "téléréalité"