dimanche 6 septembre 2009

Le gardien de la mémoire au châlet de Wörthersee

Par un matin de l'été 2003, après une longue montée silencieuse au travers des bois sombres de Maiernigg qui surplombent le lac de Wöther en Autriche, une petite maison qui avait appartenu à Gustav Mahler était apparue au coeur d'une clairière.


Etrange sensation que de se dire que là, un siècle auparavant, pendant plusieurs étés, il avait choisi de laisser dans la maison familiale tout en contrebas, sa très jeune femme Alma et leurs petites filles Maria et Anna pour s'en aller composer dans une petite pièce claire aux murs en bois, la musique de la quasi totalité de ses oeuvres.

La visite fût assez rapide, le châlet ne contenant que quelques meubles sur lesquels étaient déposés des partitions ou des documents ayant trait à la vie et la carrière du musicien. Le seul et unique gardien des lieux, un jeune homme amputé d'un bras qui passait là ses journées avec bien souvent pour seule compagnie des livres, proposa très vite de mettre une cassette de la musique de Mahler en guise de fonds musical.

Et là, trou de mémoire de celui qui avait souhaité visiter ce lieu! Il lui était impossible, non de se rappeler certaines mélodies, mais de rattacher ces dernières au titre des oeuvres dont elles provenaient.
Vint alors à l'esprit le nom d'un film: "Mort à Venise", celui-là même grâce auquel Luchino Visconti a fait, via l'adagietto de la 5ème symphonie, découvrir à beaucoup de personnes Gustav Mahler qui était tombé dans l'oubli.
Moi même, je me rappelais exactement ce moment où, plus de 32 ans auparavant, je l'avais entendu. C'était à la fin du repas familial du soir, lorsque le film qui venait de sortir avait été présenté à l'issue des informations télévisées.

http://www.youtube.com/watch?v=n3pOn_qymIw

Comment savoir ce qui avait alors le plus impressionnée?
Etait-ce ce la musique elle même?
Etait-ce cet adolescent, très beau, pour une jeune fille de 13 ans?
Etait-ce l'attirance, un peu tabou pour l'époque, que semblait éprouver pour lui Dirk Bogarde... et le réalisateur à travers lui?
Ou était-ce de voir cet homme qui meurt seul sur une plage en regardant ce très jeune homme, en osant à peine murmurer son prénom: "Tadzio" tandis qu'il se bagarre dans le sable avec un autre jeune homme. Puis Tadzio s'éloigne, s'avance dans l'eau calme, devient une petite silhouette mince dans la lumière dorée de la fin d'après-midi et montre au loin quelque chose que ni Bogarde ni les spectateurs ne verront jamais.

La beauté, la vie, la mort et tout qui finit avec cette impression d'être passé à côté de quelque chose que l'on a pas su saisir...

2 commentaires:

michelgonnet a dit…

Nous « passons tous » à portée de ce qui pourrait « nous dire »
Sommes-nous pour autant « aveugles à nous-mêmes » lorsque d’agir ne nous semble pas « une nécessité » si ce n’est de nous assigner au rôle de « machine désirante »
Les regrets me paraissent semblables à ces bouquets dont nous percevons sitôt cueillis le parfum de l’absence qui les fit prendre comme pour conjurer nos impatiences.
Passager Étranger, nous « passons » comme des Nomades qui se pensent immobiles.

@nn@ a dit…

Cueillons-nous des bouquets pour "conjurer nos impatiences" Michel ou pour en prolonger la "souvenance"?