dimanche 30 novembre 2008

Dans le sillage d'Eric Tabarly

Alors même que le documentaire http://www.tabarly-lefilm.com/ qui lui est consacré sort en DVD le 11 décembre, par le plus grand des hasards j'ai acheté le CD de la B.O.F. tout simplement parce que la musique avait été écrite par Yann Tiersen, avant de m'apercevoir de deux choses:
- que cet homme là était très beau
- mais aussi quel personnage: un nantais pour qui le monde maritime c'était plus les bateaux que la mer, laquelle s'est, d'une certaine manière, vengée en l'emportant dans ses flots dans la nuit du 12 au 13 décembre 1998.

Au moment de retracer sa vie, un ou une autre que moi a très bien décrit la course de cet homme sur :

http://www.netmarine.net/tradi/celebres/tabarly/index.htm Il n'est écrit nulle part que les grands hommes aient droit à un traitement spécial quand ils vont en mer. Il n'est écrit nulle part, parce qu'un coureur au large qui a défié la mer et la mort durant des décennies ne puisse pas être cueilli par une vague. Il n'est écrit nulle part qu'un marin qui entendait naviguer sans s'embarrasser d'un fatras technologique n'ait pas droit à cet ultime coup de pied du destin : mourir faute de capacité d'alerte. Il n'est écrit nulle part qu'Eric Tabarly devait mourir dans son lit. Il est mort comme Dominique Guillet, Daniel Gilard, Olivier Moussy et beaucoup d'autres skippers, tombés à l'eau sous les yeux de leurs équipiers.
(...)
Eric Tabarly ne ressemblait pas à cette espèce d'ours breton taiseux et buté, ce marin d'almanach qu'on imagine trop souvent. Breton, il l'était par ses ascendants. Pour le reste, cet homme simple n'entrait pas dans les cases connues de la simplification générale. Il est né à Nantes en juillet 1931, a passé son enfance à Blois et ses vacances à Préfailles, qui n'est pas du côté breton de l'estuaire de la Loire.
Il n'était pas vraiment d'Armor, mais sûrement de la mer. Sur les photos de famille, on le voit, frimousse épanouie du haut de ses 3 ans, barrer "Annie", le premier voilier de son père Guy. Tête de bois, mauvais élève et sportif d'exception, il s'est engagé dans l'aéronavale à 21 ans, il a appris à piloter les Lancaster au Maroc et passé un an à survoler l'Indochine. Taiseux, cet aîné de quatre enfants ne l'était guère, si vous l'invitiez à parler d'avions, de montagne et bien entendu de bateaux. Ce timide n'avait rien d'un intellectuel, mais il possèdait une culture encyclopédique de la marine à voile et une compétence extraordinaire en architecture navale.
(...)
Cet homme tout d'un bloc croisait au large de la vanité. Il ignorait le bavardage et le deuxième degré, les jeux de cour et le goût du pouvoir. Cet athlète n'a pas changé d'une miette en prenant des rides. Il n'a pas converti sa célébrité en liquidités, ni son image en fortune. Cet homme étonnant est parti avec son secret.
Tabarly avait réconcilié les Français avec la mer en leur faisant croire qu'ils étaient meilleurs sur l'eau que les Anglais. Il a disparu le 13 juin 1998 dans les eaux anglaises, à bord d'un cotre britannique dessiné par un Ecossais de génie. Cet ultime pied de nez conclut une vie de laboureur des vagues.

samedi 29 novembre 2008

... sur les chemins de Bretagne (3)

Le "Menez Hom" fût longtemps considéré par l'enfant des plaines que j'étais comme une montagne. Après tout n'y avait-il pas aussi en Bretagne les Monts d'Arrée et beaucoup plus à l'est le Mont Dol? Sauf que... les cartes IGN sont impitoyables, elles qui mentionnent certes un joli point de vue mais culminant à 330 mètres de haut.

Pour le gravir ce Menez Hom, j'ai pourtant fait ce jour là comme la plupart des visiteurs, je me suis servie de la voiture. Que faire d'autre à moins d'être un bon marcheur que la perspective de gravir une colline où les arbres, quand ils ne sont pas grillés par le soleil, ressemblent davantage à des arbustes maigrichons, ne rebute pas. Surtout quand un désagréable vent du nord-est vous siffle aux oreilles.

Mais une fois arrivé au sommet, la vue porte loin, même si ce jour-là une légère brume estompait à l'horizon la limite entre le ciel et l'eau.
Et c'est un étrange paysage, tellement éloigné des images de bocage de l'intérieur des terres, qui s'offre alors aux yeux.

Arrivé au bout de la presqu'île de Crozon un choix s'impose entre les trois branches de la croix:
- au sud, le cap de la chèvre
- au nord l'île longue - qui bien sur ne se visite pas- et plus au nord encore la pointe des Espagnols qui ferme le goulet de Brest que l'on peut apercevoir sans aucun problème puisque distante de moins de 2kms
- au centre le mémorial de Pen Hir, qui eut finalement ma préférence en souvenir de la plaque commémorative de la chapelle de Ste Marie du Menez Hom et de tous les marins de l'île de Sein qui, en cette année 40, laissèrent femmes et enfants pour s'en aller à Londres.

Là est la Bretagne: son côté âpre et rugueux avec ses dentelles de pierres qui plongent dans la mer aux reflets qui oscillent entre turquoise et émeraude,
son côté éternel avec le fracas des vagues qui se brisent sans cesse sur les rochers en se parant d'éclaboussures blanches éphémères,
son incitation permanente à partir loin en se laissant porter par le vent comme les mouettes et les goélands.

Et puis une goélette qui avait réduit sa voilure pour contourner la pointe... Bretagne, terre de contes et de légendes... Voiles noires ou blanches? Qui pourra dire à Tristan que sa blonde Iseult lui revient?

vendredi 28 novembre 2008

... sur les chemins de Bretagne (2)

En remontant du Guilvinec vers Châteaulin, faute de temps, il n'y a eu d'arrêt ni à Quimper (qui vaut plus qu'une pause de quelques heures) ni de détour vers la pointe du raz et surtout la baie de Trépassés dont le nom autrefois, même sans avoir lu le moindre récit de naufrage, avait de quoi effrayer plus d'un enfant.

Non, l'objectif, c'était la presqu'île qui sur les cartes de France a une forme de croix: la presqu'île de Crozon.

Mais sur la route qui y menait, le contraste flagrant entre cette petite esplanade devant une grosse chapelle plus qu'une église avec, en arrière plan, une colline dénudée, comme ravagée par le feu ainsi que cela arrive dans le Sud, ne pouvait qu'inciter à s'arrêter.

Compte tenu de la difficulté de travailler la pierre de granit, il est difficile, même pour un non croyant, de ne pas rester en admiration devant ce calvaire qui constitue l'un des éléments de ce qui aurait sans doute été classé comme enclos paroissial s'il avait été complet.

Par comparaison, certaines sculptures de la facade paraissaient sobres et presque.

De plus en plus d'églises sont fermées en dehors des offices, mais pas celle-là! Et il fut d'aurtant plus agréable d'en pousser la porte que soufflait au dehors un inhabituel et fort désagréable vent du nord-est.

Un fois la porte refermée, ce fût le silence paisible qui y régnait qui m'impressionnat en premier. Ce genre de silence qui, croyant ou non croyant, vous invite à arrêter là votre course pour prendre le temps, ce luxe incomparable d'aujourd'hui, de réfléchir, de méditer...

Et au minimum il y a l'intérieur de la chapelle à observer: la voute toute en bois tellement plus chaude au regard que celles en pierre des grandes cathédrales gothiques, la statuaire en bois polychromé dont les teintes ont passé avec le temps, le tout baigné par la lumière tamisée des vitraux.

Parmi les statues, outre celle consacrée la vierge Marie, normal puisqu'il s'agit de l'église de Ste Marie du Menez Hom, il y en avait une consacré à Ste Anne. Même si elle portait le livre avec lequel elle est habituellement représentée puisque c'est elle qui est censée avoir appris à la vierge Marie à lire, dans cette région-ci ce n'est pas cet aspect de sa personnalité qui est honoré mais le fait qu'elle serait la protectrice des marins.

Pourtant ce ne furent pas des marins qui s'y cachèrent durant la deuxième guerre mondiale, mais des aviateurs, ainsi que l'indique une plaque apposée sur l'un des murs du fond de la chapelle.

Etrange région dont les habitants ont réputation d'être fermés ou pour le moins peu ouverts aux étrangers mais qui sait s'engager pour certaines causes. Et j'ai alors repensé à l'un des héros de Marc Dugain: un nobliau breton très catholique qui n'hésite pas à cacher chez lui pendant plusieurs années la famille de l'un de ses anciens compagnons, juif à l'une de ces époques où il ne faisait pas bon de l'être, parce qu'il a partagé avec lui plusieurs années difficiles dans "la chambre des officiers"

jeudi 27 novembre 2008

... sur les chemins de Bretagne (1)

18 mois après avoir remonté le long de celui que l'on désigne parfois sous le nom du "dernier grand fleuve sauvage de France", vint le désir d'un autre voyage, non pas cette fois-ci vers les sources de la Loire mais vers des racines fort mal connues, celles de ma terre bretonne. Très court voyage en réalité, une ébauche tout au plus plus de l'une des choses qui restera à faire: mieux connaître un peu de ce qui fait l'âme de cette région quasi entourée par la mer et que la bretonne, petite-fille et arrière petite-fille de paysans, devenue ligérienne d'adoption, connaît si mal.

Il y eut d'abord une pause sur une aire de repos qui porte le nom de cette commune dont la traversée était autrefois la hantise de tous les pères et mères de famille en partance pour la Bretagne: "La Roche Bernard". Il fallait autrefois bien calculer son heure de passage pour éviter les inévitables bouchons causés par le franchissement d'une rivière fort mal nommée: la Vilaine, via ce qui n'était alors qu'un pont à deux voies.

Aujourd'hui on s'y arrête pour le plaisir, celui de cheminer dans un petit bois entre les bruyères et les genêts avant de découvrir, en contre -bas de l'ancien pont, un joli petit port.

Plus tard il y aura une autre pause impromptue à loccasion de la traversée de Pont-Labbé, tout simplement parce que l'oeil aura été attiré par l'une des caractéristiques de cette terre bretonne demeurée fort catholique: un calvaire en granit gris.
Comme il se doit, le calvaire était tout proche d'une église très agréable à visiter pour la paix qui y régnait en cette fn de matinée d'un jour de semaine où la plupart des gens travaillaient. D'autant plus agréable que le vent qui soufflait ce jour-là n'était pas ce vent d'ouest qui est si doux, mais un froid vent du nord-est.
Désormais la destination finale de cette première matinée de voyage n'était plus loin: le port de pêche du Guilvinec.
J'avais découvert peu auparavant qu'il était fort réputé pour celles que l'on appelle "les demoiselles"... qui sont en réalité les langoustines. Mais il est vrai qu'à celles-ci je préfère nettement les petites crevettes grises, celles que l'on croque, après en avoir ôté juste la tête, accompagnées non pas de mayonnaise mais d'un peu de beurre salé étalé sur du pain frais à la croûte croquante.
Après avoir déambulé sur les quais de l'immense port, il sera trop tard pour visiter la criée. Alors la pause sandwich aura lieu ,non dans ce café plein d'humour car il invite à le fréquenter plutôt que la boutique d'en face qui est... une pharmacie, mais sur la plage.
Sur la plage? Non pas vraiment, car au sable fin ont été préféré les rochers sur lesquels venaient battre assez violemment les vagues de la marée montante. Quelques jours auparavant une perturbation avait traversé l'Ouest de la France et la houle restait forte. A l'horizon le ciel se chargeait de nuages qui annonçaient une nouvelle dépression.
En attendant, pour oublier tout ce qui fâche avec la vie et retrouver un peu de sérénité je ne connaissais rien de mieux que cette plage au bord de l'eau avec pour seuls compagnons les goélands et les mouettes qui jouaient avec le vent.
Si, peut-être quelque part existait-il un ponton de bois qui s'avance au dessus d'un lac avec cette fois juste quelques couples de canards.

Après il faudra reprendre la route vers le nord, pour une commune située sur le canal de Nantes à Brest. Mais avant il y aura une autre pause, de nouveau non prévue. Cette fois ce sera un calvaire et une chapelle (plus qu'une église) encore qui en se détachant sur un paysage fort surprenant car très désolé et donc très éloigné de l'image du bocage, qui incitera à s'arrêter.

mercredi 26 novembre 2008

de "Outremer" à la maison bleue...

Au départ c'est une chanson découverte l'été 1973. Peut-être la seule chose agréable apprise lors de cette colonie de vacances dont le souvenir reste teinté d'amertume.
Quelques mois plus tard plusieurs autres chansons qui figuraient sur le même disque seront mémorisées grâce à un jeune homme aux yeux aussi bleus que cette maison là ... Quelques années plus tard à défaut d'aller sur place des livres permettront de mieux connaître cette région-là, cette époque là... Et surtout, quelques décennies plus tard un voyage en Bretagne permettra de voir, pour de vrai, celle qui est désormais LA maison bleue, non pas accrochée au flanc de la montagne sur la côte ouest des Etats-Unis mais implantée en haut d'une côte, au coeur d'un village breton pas loin d'une église...
C'est une maison bleue adossée à la colline
On y vient à pied, on ne frappe pas
Ceux qui vivent là ont jeté la clé

On se retrouve ensemble après des années de route
Et on vient s'asseoir autour du repas
Tout le monde est là à cinq heures du soir
Quand San Francisco s'embrume
Quand San Francisco s'allume
San Francisco
Où êtes vousLizzard et Luc
Psylvia
Attendez-moi
Nageant dans le brouillard, enlacés roulant dans l'herbe
On écoutera Tom à la guitare, Phil à la kéna
Jusqu'à la nuit noire
Un autre arrivera pour nous dire des nouvelles
D'un qui reviendra dans un an ou deux
Puisqu'il est heureux, on s'endormira
Quand San Francisco se lève...
C'est une maison bleue accrochée à ma mémoire
On y vient à pied, on ne frappe pas
Ceux qui vivent là ont jeté la clé
Peuplée de cheveux longs, de grand lits et de musique
Peuplée de lumière, et peuplée de fous
Elle sera dernière à rester debout
Si San Francisco s'effondre...

mardi 25 novembre 2008

Pause "zen" ...

... avec Erik Satie et quelques images d'automne car après ces quelques extraits du très beau livre de Jean-Louis Fournier, il est difficile de ne pas être ému (e) .
Et puis essayer d'oublier ces lignes qu'il a écrites en songeant à une forêt flamboyante traversée à l'automne ou aux musiques qu'il aurait tant aimé partager avec eux, ses deux oisillons égarés sur la Terre.
Essayer d'oublier? Non bien au contraire ne pas les oublier et se dire que ce dont nous nous plaignons n'en vaut pas la peine...

video

lundi 24 novembre 2008

histoires de familles de sang et de coeur (conclusion)

"... La seule chose qu'on a réussie, ce sont vos prénoms. En choisissant Mathieu et Thomas, on a fait dans le bon chic bon genre, avec en plus un petit clin d'oeil à la religion. Parce qu'on ne sait jamais, et qu'il faut toujours mieux être bien avec tout le monde. Si on pensait vous attirer les grâces du Ciel, on s'est un peu plantés. Quand je pense à vos petits abattis, vous n'étiez pas bâtis pour vous appeler Tarzan... (...) Vous, c'était plutôt Tarzoon, la honte de la jungle. Sachez que je vous préfère à l'arrogant Tarzan. Vous êtes bien plus émouvants, mes deux petits oiseaux. Vous me faites penser à E.T. (...)

Quand je suis seul en voiture avec Thomas et Mathieu, il me passe quelquefois dans la tête de drôles d'idées. Je vais acheter deux bouteilles, une de Butagaz et une de wisky, et je les viderai toutes les deux. Je me dis que si j'avais un grave accident de voiture, ce serait peut-être mieux. Surtout pour ma femme. Je suis de plus en plus impossible à vivre, et les enfants qui grandissentsont de plus en plus difficiles. Alors je ferme les yeux et j'accélère en les gardant fermés le plus longtemps possible.

(...)

Il ne faut pas croire que la mort d'un enfant handicapé est moins triste. C'est aussi triste que la mort d'un enfant normal. Elle est terrible la mort de celui qui n'a jamais été heureux, celui qui est venu faire un petit tour sur Terre seulement pour souffrir. De celui-là on a du mal à garder le souvenir d'un sourire. (...)

Quand je pense à Mathieu et Thomas, je vois deux petits oiseaux ébouriffés. Pas des aigles, ni des paons, des oiseaux modestes, des moineaux. De leurs petits manteaux bleu marine courts sortaient des petites cannes de serins. Je me souviens aussi, quand on les lavait, de leur peau transparente et mauve, celles des oisillons avant que les plumes poussent, de leur bréchet proéminent, de leur torse plein de côtes. Leur cervelle aussi était d'oiseau. Il ne leur manquait que les ailes. Dommage. Ils auraient pu quitter un monde qui n'était pas fait pour eux. Ils se seraient tirés plus vite, à tire d'aile. (...)

dimanche 23 novembre 2008

histoires de familles de sang et de coeur (4)

Deux films réalisés par des femmes durant les années 90 pour parler des fratries: "le fils préféré" de Nicole Garcia et "Outremer" de Brigitte Rouan.
Dans le premier, Gérard Lanvin, après la disparition de son père qui s'est enfui de la maison de retraite, prévient ses deux frères. Ensemble, en explorant Nice à la recherche de leur père, ils vont ressouder vaille que vaille les liens entre les hommes de cette étrange famille:
rapprocher le fils aîné (Bernard Giraudeau) de son père qui n'avait jamais accepté son homosexualité,
rapprocher le cadet (Jean-Marc Barr) de son père, simple maçon dont le fils devenu riche avocat d'affaires avait honte, mais aussi de son propre frère dont il n'a pas accepté qu'il ait été autrefois l'amant de sa femme.
Un "fils préféré" mais en réalité quatre histoires d'hommes, racontées via des bribes de souvenirs qui parfois les ont durement marqués: pour Giraudeau, la raclée infligée un soir par son père dans un jardin où il allait rencontrer d'autres homosexuels, pour Barr le mariage où son père est pris pour un serveur et pour Lanvin, la découverte d'un secret de famille.
Lui, le fils préféré, n'a jamais été l'enfant biologique de ses parents. Il est en réalité le fils d'un jeune boxeur mort dans l'un des combats de boxe clandestins organisés autrefois par leur "père".
Quatre histoires et quelques scènes qui restent en mémoire:
le regard échangé entre Lanvin et son père tombé à l'eau, après qu'il ait mis quelques secondes de trop avant d'aller à son secours,
l'incompréhension qui monte entre Lanvin et sa belle-soeur après qu'elle soit venue le rejoindre et qu'iles aient fait l'amour avant qu'elle lui ait remette sur ses fonds propres de l'argent pour rembourser un créancier qui le poursuit
le départ de Lanvin, le "fils" préféré qui laisse une place vide entre ses frères pour que le père puisse se retrouver en tête à tête ses deux fils biologiques perdus de vue depuis si longtemps.
Avec Brigitte Rouan c'est l'histoire de trois soeurs qui est racontée: trois femmes et la difficulté d'aimer via quelques pans de leur histoire commune dans une ferme algérienne d'avant l'indépendance.
L'aînée, Zon/Nicole Garcia aime follement son mari, un militaire qu'elle ne voit que rarement, lequel mari après une dispute liée à la jalousie disparaît mystérieusement lors d'une mission. Alors qu'elle se meurt d'un cancer, elle en arrive à crier en présence de son dernier enfant, une petite fille: "Mon Dieu prennez là elle et rendez le moi"
La cadette, Malène/Brigitte Rouan, fait tourner l'exploitation agricole comme si elle était l'homme de cette famille et a renoncé depuis longtemps à voir son mari qu'elle aimerait tant voir debout, autrement qu'assis, plongé dans la lecture d'un livre.
La benjamine, Gritte/Marianne Basler joue double jeu puisqu'elle est plus ou moins fiancée avec un jeune de son milieu mais a en réalité une liaison avec un chef des rebelles.
C'est sur elle que se clôt le film: elle qui au moment de se marier hésite. D'un côté elle imagine ses grandes soeurs essayer de la convaincre de dire "oui", mais de l'autre elle n'oublie pas ce que furent en réalité leurs vies: pour Zon, l'attente d'un homme tant aimé mais si souvent absent et pour Malène la cohabitation avec un mari qui, d'une certaine manière, n'était pas à la hauteur.
Car il y a ce que l'on rêve de l'autre et ce qu'il est en réalité, que ce soit dans un couple ou entre parents et enfants. Et parfois le décallage entre rêve et réalité est immense.
Tout comme l'amour qui peut unir.

samedi 22 novembre 2008

histoires de familles de sang ou de coeur (3)

Dans "la petite chartreuse", Olivier Gourmet devenait un père de substitution. Dans "Congorama" de Philippe Falardeau il apprend à l'âge de 42 ans que ses parents belges l'ont adopté alors qu'il était un tout jeune bébé québecois.

"Congorama" ? Un film où deux histoires de frères se croisent avec en trame de fond une réflexion sur la famille, la paternité, la filiation, l'héritage ....

Côté acteurs, il y a Olivier Gourmet bien sûr mais aussi, dans le rôle de son épouse qui tient un restaurant, une actrice black dénommée Alice laquelle déborde de tendresse et de lucidité pour son mari. Et Jean-Pierre Cassel en écrivain mutique en fauteuil roulant et cependant tellement explicite dans ses regards. Et Paul Ahmarani qui est lui aussi à la recherche d'un père qui a un jour quitté son foyer sans explication. Il ne le trouvera pas mais se découvrira un frère.

Et puis derrière l'histoire principale il y a plein de petites histoires ou scènettes parfois hilarantes: Olivier Gourmet qui dans une commune québecoise part à la recherche de son père qui se serait appelé Legros sauf que tous les habitants ou presque de ladite commune s'appellent... Legros. Alors faute de mieux, il vole au hasard la plaque d'une boîte aux lettres comme souvenir. Une image sainte très kitsch de St Christophe censée protéger des accidents le conducteur de la voiture...mais apparemment pas des émeus qui errent sur les désertiques routes de campagne québécoises!

D'autres sont plus tristes: Olivier Gourmet qui constate qu'il n'arrive pas à relire l'écriture manuscrite de son père un écrivain devenu aphasique du fait de sa maladie. Toujours lui qui essaye de convaincre son fils, plus black que café au lait, qu'il est bien son père (même s'il ne lui ressemble pas) et prend exemple la ressemblance qui existerait entre son père et lui... alors qu'il sait désormais qu'il est un enfant adopté mais n'en a rien dit à sa famille. Encore et toujours lui qui essaie de convaincre son employeur, lequel se dit un grand ami de son père, et à qui il finit par lâcher d'un air désespéré « Depuis quand ne l'as tu plus vu? Tu sais qu'il porte des couches maintenant »

Pas forcément un grand film mais un film touchant au cours duquel la réflexion autour d'un thème grave comme la paternité, envisagée là autant comme être "l'enfant de" (d'un écrivain célèbre devenu muet ou d'un inventeur surdoué disparu sans laisser de traces) que "le père de" (ici d'un enfant Black quand on a déjà tant de mal à connaître ses racines blanches) et dans une moindre mesure de la notion de fratrie et au dela de fraternité, sont envisagées de manière souriante.

jeudi 20 novembre 2008

histoires de familles de sang ou de coeur (2-2)

"La petite chartreuse" c'est d'abord un livre, bouleversant, de Pierre Péju.
Il y a ce qu'en dit le site Gallimard:
"Sous une pluie froide de novembre, la camionnette du libraire Etienne Vollard heurte de plein fouet une petite fille en anorak rouge qui, affolée, courait droit devant elle après avoir vainement attendu sa mère, jeune femme fuyante et transparente. (...) Affublé d’une paternité d’emprunt, Vollard, jusque-là introverti et solitaire, commence à réciter à l’enfant plongée dans le coma des textes littéraires contenus dans sa mémoire fabuleuse. (...) Un gros homme, encombré de lui-même, une mère bien trop jeune, et une fillette précocement fracassée par la vie forment un étrange trio : le triangle des solitudes.(...) ce roman-conte est aussi un hymne inoubliable à la littérature, une méditation sur le fragile pouvoir des livres."
Et il y a les souvenirs que l'on peut en garder autour de la figure centrale de Vollard, le libraire
Etienne Vollard est régulièrement martyrisé par ses camarades de classe et encaisse, jusqu'au jour où ce géant placide se révolte (l'un d'eux lui a pris le livre de poésies qu'il lisait) et inflige une mémorable correction à ses bourreaux. Il ne dira rien durant cette scène, ni après d'ailleurs, et retournera à ses livres, sa raison de vivre mais aussi sa douleur de vivre car en fait il souffre d'hypermnésie*
La scène du saut à l'élastique que l'on retrouve dans le film est, à plus d'un titre, fascinante. Etienne Vollard veut sauter pour pouvoir crier, comme les autres, mais pour lui il ne s'agit pas de crier de joie mais de douleur. Il finit par oser sauter mais ne crie pas. Non, il ne peut pas ! Il va "juste" se vomir dessus. Et les jeunes sportifs qui le remonteront à l’issue du saut seront effrayés face à cet homme dont ils ressentent l'immense détresse et leur incapacité totale à y remédier.
Ce saut initial n'est qu'une répétition de la scène finale. Etienne Vollard, après la mort de Eva (car dans le livre elle meurt, seule, dans une structure de soins spécialisée) se retrouve, par hasard, un soir près de ce pont. Et il se jette dans le vide pour tout oublier… à jamais...
En lisant ce passage, comment ne pas penser à cet autre suicide décrit par Jack London (dans « Martin Eden »?) où le héros quitte le bateau sur lequel il voyageait en se laissant glisser dans l'eau. Il laisse le bateau s'éloigner avant de plonger de plus en plus profondément dans la mer, en sachant consciemment qu'il n'aura pas assez d'air pour remonter à temps en surface.
* L'hypermnésie (du grec huper, avec excès, et mnasthai, se souvenir), appelée également exaltation de la mémoire, désigne une activité exceptionnellement intense du cerveau qui se traduit par une mémoire prodigieuse.(...) Les symptômes sont d'ordre affectif et émotif, mais le malade garde ses fonctions mentales intactes. L'hypermnésie n'altère pas gravement la personnalité. Comme dans toute névrose, le malade est conscient de son hypermnésie et des troubles de comportement qu'elle implique. Il peut ainsi en dominer, au moins en partie, les effets. Les troubles psychiatriques associés à l'hypermnésie sont plus ou moins graves suivant le degré de névrose. Ce sont entre autres : Angoisse , Agressivité, Manque d'assurance en société (qui induit souvent une agressivité comme compensation), interprétation passionnelle des événements, Frigidité, Impuissance

mercredi 19 novembre 2008

histoires de familles de sang ou de coeur (2-1)

Dans "Brodeuses" Claire apprenait à devenir mère dans son corps mais aussi et surtout dans son coeur, et Mme Maloukian à devenir une grand-mère de substitution. Dans "La petite charteuse" la maman de Eva qui n'est en réalité jamais devenue mère dans sa tête demande à Vollard... Mais il faut commencer par le commencement.
Au départ il y a un livre qui est devenu un film.
Soit l'histoire de Etienne Vollard, un libraire passionné de montagne et doué d'une mémoire hors du commun, qui mène une existence solitaire jusqu'au jour où il renverse accidentellement Eva, une fillette de huit ans.Aux côtés de Eva qui est d'abord dans le coma avant d'en émerger, mutique, et alors que Pascale, la jeune mère de Eva, est incapable de faire face, Etienne Vollard, le " raconteur d'histoires » va devenir père et mère de substitution.
Etienne Vollard, c'est Olivier Gourmet: au physique une sorte de gros ours pataud très ordinaire qui devient beau tant se dégagent de lui force, fragilité... et humanité.
Chronologiquement, il y a d'abord cette scène où, insomniaque, il essaie de s'endormir en cherchant à oublier, via la lecture de toujours plus de livres nouveaux, ceux lus autrefois et dont des passages entiers le hantent puisqu'il ne peut les oublier...
Après avoir renversé Eva, il y aura sa course folle en montagne, rongé par la responsabilité (alors qu'il ne pouvait pas éviter de renverser Eva) mais aussi par une douleur beaucoup plus ancienne que l'on devine cachée au fond de lui.
Cette douleur, il va essayer de l'extirper via un saut à l'élastique au cours duquel, à la différence des autres jeunes qui l'effectuent, il n'arrivera pas à crier, à exprimer ce qu'il ressent via un cri libérateur. Car là est le problème de Etienne Vollard: son incapacité à exprimer ses sentiments et qui, poussé à l'extrême, l'empêche même de pleurer alors que l'on sent que tout son être est plein de larmes.
En fait, il n'arrivera enfin à pleurer qu'après avoir enlevé Eva, de nouveau plongée dans le coma, et l'avoir emmenée dans la neige, tout en haut de la montagne.
Dans le conte « la reine des neiges » dont il avait récité des passages à Eva, l'héroïne sauvait le garçon qu'elle aimait en pleurant au dessus de son coeur (faisant fondre le morceau de glace qui le retenait prisonnier). Etienne Vollard lui va pleurer... et mourir de froid en (re) donnant la vie à Eva qui, émergeant contre toute attente du coma sera sauvée par un hélicoptère parti à leur recherche.